Ayatsuji Yukito, la tradition a du bon

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Né en 1960, Ayatsuji Yukito est le chef de file du courant néo-classique. Meurtres dans le Décagone est son premier roman traduit en français.

A quel âge avez-vous commencé à écrire ?
Ayatsuji Yukito : Vers l’âge de 12 ans. Je me suis lancé un défi et j’ai écrit plusieurs nouvelles. Je les ai faites lire à des copains de classe. Puisque cela leur a plu, je me suis dit que, plus tard, je serai auteur de roman policier.

Quels sont les auteurs qui vous ont influencé ?
A. Y. : Je pense que Ellery Queen et Agatha Christie ont eu une énorme influence sur moi. Du côté japonais, je citerai les deux maîtres que sont Edogawa Ranpo et Yokomizo Seishi. Pour les auteurs contemporains, j’ajouterai Shimada Sôji ou encore Renjô Mikihiko. En dehors de cela, je crois que l’œuvre du mangaka Umezu Kazuo, que j’aime beaucoup, a aussi eu une grande influence sur moi.

Votre roman Meurtres dans le Décagone est paru en France à l’automne dernier. Que pouvez-vous nous en dire ?
A. Y. : J’ai publié Meurtres dans le Décagone en 1987. Je faisais alors mes débuts. J’ai choisi le thème d’une série de meurtres sur une île déserte sur le modèle de Dix petits nègres d’Agatha Christie. Pendant la phase de rédaction, j’ai décidé de donner aux personnages des surnoms empruntés à des auteurs comme Ellery ou Agatha. Si ce choix enlevait un peu de réalisme à l’histoire et pouvait être jugé inopportun au moment de sa publication, je l’ai quand même fait, car cela s’avérait plutôt efficace par rapport à l’histoire. Quand ce roman est paru en France, l’année dernière, j’ai été particulièrement ravi de voir Leroux, surnom que j’ai donné à un des personnages en hommage à Gaston Leroux, écrit dans sa graphie d’origine.

Votre nom est associé au courant néo-classique, en opposition au courant social très en vogue grâce à Matsumoto Seichô. Qu’en pensez-vous ?
A. Y. : Le courant néo-classique est apparu à la fin des années 1980 avec le renouveau des romans de détectives. On a ainsi vu de jeunes auteurs se lancer avec leur sensibilité moderne dans l’écriture d’histoires où il fallait résoudre des énigmes, ce que le courant social rejetait. Je pense que les œuvres de Paul Halter en France sont proches du néo-traditionnaliste au Japon. Voilà pourquoi on a souvent opposé le courant néo-classique au courant social. Toutefois, je crois que « l’opposition » entre les deux n’a plus lieu d’être. Ils coexistent et on voit même des tentatives de fusion entre les deux à partir de chacun de leurs points forts.
Propos recueillis par Gabriel Bernard

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Ayatsuji Yukito, Meurtres dans le Décagone. Trad. par Otsu Masami, Olivier Paquet et Patrick Honnoré (Orbis-Tertius) Ed. Karasu, 2009, 21 €

Un classique du genre
Lorsque les membres d’un club d’amateurs de romans policiers se rendent sur une île où a eu lieu un quadruple meurtre quelques mois plus tôt, que se passe-t-il ? D’autres meurtres bien sûr. Dans un style qui rappelle les grands noms du roman policier, Ayatsuji Yukito a construit une histoire bien ficelée au cours de laquelle les détectives amateurs sont assassinés les uns après les autres dans des conditions mystérieuses. Un livre qui tient le lecteur en haleine d’une bien belle manière et qui devrait ravir celles et ceux qui aiment les énigmes.