Un porte-avions, sinon rien

Pour certains responsables, le Japon doit mieux s’équiper pour résister à la Chine.

Tokyo, October 2 2010 - Anti-China protest in Yoyogi park after an maritime dispute.
“Empêchons l’invasion des Senkaku par les Chinois. Protégeons ce territoire avec l’aide du peuple japonais”, peut-on lire sur ce document tenu par un manifestant lors d’un rassemblement anti-chinois au parc Yoyogi, à Tokyo, le 2 octobre 2010. © Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Dans sa livraison du 5 novembre, l’hebdomadaire Shûkan Asahi a publié un court article dont le titre était tout un programme : “Résistons en achetant un porte-avions américain !” Loin de refléter l’opinion du magazine, cet article reprenait les conclusions d’un certain Miyazaki Sadayuki, conseiller auprès du ministère de la Défense, selon lesquelles le Japon a tout intérêt à renforcer sa défense sur le plan juridique et militaire pour contrer les ambitions clairement affichées de la Chine. Rappelant que les Chinois se dotaient d’une force navale de plus en plus conséquente, notamment par l’acquisition de porte-avions, il affirmait que le gouvernement japonais devait aussi penser à s’équiper de la sorte. “Compte tenu du yen fort et des sommes importantes détenues en bons du trésor américain, ne serait-il pas judicieux d’en profiter pour acquérir un porte-avions auprès des Etats-Unis ?” demandait-il dans cet article qui résume bien l’état d’esprit qui peut régner actuellement parmi le personnel politique et les militaires nippons. Néanmoins, comme le rappelle Guibourg Delamotte dans son livre La Politique de défense du Japon [éd. PUF], “les gouvernements successifs se sont heurtés à la fibre pacifiste de la population, répercutée par des mouvements associatifs qui conservent une certaine influence. Par ailleurs, les dépenses sont encadrées dans le domaine de la défense et ce budget, s’il figure parmi les premiers du monde, est plus modéré que les comparaisons internationales ne le laissent supposer au premier abord”.
Il n’empêche que les situations de tension à partir desquelles les responsables militaires tentent de rebondir finissent par influencer l’opinion publique. En avril 2009, lors du lancement de missiles nord-coréens, ils avaient savamment organisé le déploiement d’unités antimissiles dans plusieurs villes du pays, jouant ainsi sur le sentiment de peur de la population. Malgré le changement de gouvernement, avec l’arrivée du Parti démocrate au pouvoir en septembre 2009, les responsables de la défense ne semblent pas avoir modifié leur partition. L’incident du chalutier chinois dans la zone très sensible des îles Senkaku a été largement médiatisé et la diffusion début novembre sur Internet de la vidéo pourtant “confidentielle” montrant clairement la responsabilité du bateau chinois semble aussi participer de ce désir de rassembler les Japonais derrière les forces d’autodéfense.
Odaira Namihei