Bientôt en salles : Fukushima mon amour

Le traitement du séisme et de l’accident de la centrale de Fukushima Dai-ichi par les médias français soulève bien des questions.

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Un des envoyés spéciaux de France 2 chargé de couvrir le séisme du 11 mars et ses conséquences. ©DR

Voici les premières répliques d’un film qui sortira en 2019 : Elle : “Tu n’as rien vu à Fuku-shima. Rien.” Lui : “J’ai tout vu… Ainsi la centrale, je l’ai vue. J’en suis sûr. La centrale existe à Fukushima. Comment aurais-je pu éviter de la voir ?” Elle : “Tu n’as pas vu de centrale à Fukushima. Tu n’as rien vu à Fukushima…” Lui : “Je n’ai rien inventé.” Elle : “Tu as tout inventé.” Intitulé Fukushima mon amour en hommage à un vieux film réalisé il y a  60 ans par un certain Alain Resnais, le film racontera l’histoire d’un journaliste français arrivé au Japon pour couvrir une catastrophe naturelle, laquelle prendra une autre tournure après une série d’incidents dans la centrale nucléaire de Fuku-shima, à 250 kilomètres au nord de Tokyo. A peine arrivé sur les lieux du cataclysme, l’homme se repliera vers le sud par crainte des radiations et tentera tous les jours de faire péniblement son travail de journaliste en glanant on ne sait où ses informations. Il rencontrera alors une Japonaise dont il tombera follement amoureux. Il voudra alors la convaincre de fuir l’archipel contaminé par les radiations. Mais en vain. La jeune femme lui rappellera qu’il n’a en définitive rien vu ni compris de la situation qui prévalait dans son pays. Elle déclinera l’offre et finira par le quitter, le laissant à ses fantasmes et ses illusions sur le Japon. Evidemment, il y a peu de chance qu’un tel film soit réalisé. Néanmoins, dans les jours qui ont suivi le terrible séisme de Sendai, les chaînes de télévision française ont dépêché dans l’archipel plusieurs envoyés spéciaux qui, faute de pouvoir ramener des images pleines d’émotion comme on les aime dans les journaux télévisés, ont trouvé dans l’accident de la centrale de Fukushima Dai-ichi matière à susciter l’angoisse et la peur dans des foyers situés à plus de 15 000 kilomètres de là. Plutôt que de s’intéresser à la situation réelle et à la façon dont les Japonais pouvaient réagir, ils ont souvent exprimé leurs propres craintes. Ainsi Alain de Chalvron s’est illustré à plusieurs reprises. Interrogé sur les risques d’un séisme, il lançait : “on espère que l’architecte qui a construit l’hôtel ne s’est pas emmêlé les pinceaux dans ses calculs, c’est tout ce qu’on peut faire”, expliquant par la même occasion qu’il ne se séparait pas de ses pastilles d’iode en cas d’explosion de la centrale. Pendant plusieurs jours, lui et quelques autres ont entretenu la rumeur, confortant les autorités françaises qui ont multiplié les déclarations alarmistes fondées sur des informations non vérifiées. Même si la situation à la centrale de Fukushima Dai-ichi n’est pas encore réglée, la façon dont la question a été traitée par les médias français soulève bien des interrogations sur le travail des journalistes qui privilégient de plus en plus l’émotion au détriment des faits. Bref, un jour, on n’aura plus besoin d’aller au cinéma.
Gabriel Bernard