Voir Tokyo et Kyoto autrement

Plusieurs initiatives permettent de découvrir le pays du Soleil-levant de façon originale. Nous en avons sélectionné deux.

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A vélo, à Tokyo, on dépasse aussi les autos, mais surtout on en prend plein la vue © Koezuka Yukiko

Parcourir une ville en compagnie d’un ami qui y vit, n’est-ce pas le meilleur moyen d’y découvrir quelques endroits uniques qu’un guide traditionnel ou un voyage en groupe  ne permettra pas de voir ? Malheureusement tout le monde ne dispose pas d’un ami dans chaque cité du monde et souvent on doit se contenter de visiter les lieux en suivant les conseils de tel ou tel auteur ou de suivre la cadence parfois infernale des groupes qui ne font que passer sans prendre le temps de savourer la nouveauté.  C’est la raison pour laquelle Natsume Sachiko a choisi de créer en janvier 2011 sa société baptisée Circola Kyoto. S’adressant à un public francophone, sa petite entreprise a pour vocation de proposer aux touristes de passage la possibilité de visiter l’ancienne capitale impériale comme s’ils étaient guidés par un ou une ami(e). “A l’Universite de Kyoto et à l’Institut franco-japonais de Kyoto où  j’ai enseigné une dizaine d’années, il m’est souvent arrivé de faire visiter ma ville à des professeurs invités et des conférenciers de passage”, raconte-t-elle. Elle a ainsi pu constater le plaisir que ces personnes pouvaient resentir à être accompagnées par une personne du cru. “J’ai donc voulu proposer une solution à ceux qui n’ont pas la chance de connaître quelqu’un sur place, d’autant plus que le nombre de touristes français ne cesse d’augmenter. Quelques agences locales proposent des visites en car, mais elles sont en anglais et les Français n’aiment pas en général se déplacer en groupe”, ajoute-t-elle. Sûre de son fait, elle a donc développé son idée et offre désormais un service de guide personnalisé pour un coût des plus raisonnables. “En général, il faut compter environ 25 000 yens [215 euros] pour un guide-interpète. Circola Kyoto propose le même service pour 4 000 yens les trois heures”, explique-t-elle. En plus, les personnes qui assurent les visites guidées sont très motivées. Elèves ou anciens élèves de Natsume Sachiko, elles souhaitent mettre en pratique leur maîtrise de la langue française auprès de touristes francophones qui rêvent de voir la ville autrement. Ces guides-amis, comme elle les a baptisés, “vont chercher les invités à la gare de Kyôto et les accompagnent jusqu’à leur hôtel où ils définissent les grandes lignes de leur programme. Nous avons décidé de limiter à trois heures la durée du service, mais le guide-ami est libre de continuer comme le ferait une vraie connaissance en fonction de son emploi du temps”. L’idée est aussi de sortir des sentiers battus. Natsume Sachiko rappelle à juste titre que la plupart des touristes qui se rendent dans sa ville y viennent pour voir notamment un jardin zen. “Classiquement, ils se rendent au Temple Ryôan et au Pavillon d’or qui se trouvent dans le même quartier. Mais la plupart du temps, c’est noir de monde et il est difficile d’en profiter. Je préfère emmener mes ‘amis’ au Temple Daitoku où il y a également trois tacchû [maison de moine] ouvertes au public. Les jardins zen du temple sont très beaux et il y a aussi un autre type de jardin, le koto-in, avec une forêt de bambous. Qui plus est, la pièce réservée à la cérémonie du thé est idéale pour comprendre L’Eloge de l’ombre de Tanizaki Junichirô [éd. POF].

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Le Temple Daitoku moins fréquenté, mais tout aussi bien que le fameux Temple Ryôan et son jardin de pierres.

L’une des maisons de moine a été transformée en restaurant où l’on peut déguster la cuisine végétarienne bouddhique dans un cadre idéal et pour une somme modique. Il y a beaucoup moins de monde qu’au Temple Ryôan et surtout presque pas de touristes étrangers”, confie-telle. Voilà un autre argument de poids qui ravira sans doute celles et ceux qui veulent rapporter des souvenirs originaux de leur voyage à l’autre bout du monde. Mais rien n’empêche bien sûr de demander au “guide-ami” de faire un tour dans un lieu aussi célèbre que le Pavillon d’or. Il y a fort à parier que la façon dont il vous le présentera sera bien plus intéressante que les habituelles platitudes que les guides traditionnels répètent à longueur d’année à des touristes fatigués de “faire la ville” au pas de course. Originale, la formule développée par Circola Kyoto devrait faire école. Natsume Sachiko imagine déjà de lancer le même service à Tokyo.
En attendant de pouvoir bénéficier d’un service de “guide-ami” dans la capitale, on peut tout de même se lancer à sa découverte d’une façon originale à laquelle bon nombre de touristes ne pensent pas quand ils se demandent de quelle manière ils pourront s’approprier l’immense cité. Il s’agit de la bicyclette. A première vue, l’idée peut sembler farfelue, car Tokyo n’est pas une ville où la petite reine semble avoir sa place. Pourtant, on constate que les cyclistes sont plus nombreux et qu’en ces temps où l’on encourage les modes de transport alternatifs, le vélo séduit. C’est la raison pour laquelle Koezuka Yukiko a créé, en 2006, une société qui propose aux touristes de visiter une partie de la capitale à bicyclette. “Il est vrai que le réseau ferré de la ville permet aisément de s’y déplacer. On peut même choisir de faire des visites guidées de la ville en autocar et cela peut être agréable. Mais à vélo, on découvre une cité complètement différente. On n’emprunte pas les sentiers battus. On passe par les petites rues qui donnent toute son épaisseur à la capitale. C’est surtout une très bonne façon de voir comment les Tokyoïtes, je veux dire ceux qui y résident vraiment, vivent”, explique la patronne de Tokyo Great Cycling Tour (TGCT). Son désir principal est d’apporter au visiteur la possibilité de comprendre que la capitale japonaise ne se résume pas à certains quartiers comme Shibuya ou Shinjuku. Elle concentre donc une partie de ses activités dans la partie orientale de la ville qui connaît actuellement un regain d’activité [voir Zoom Japon n°3 de septembre  2010] avec la construction de la tour Tokyo Sky Tree. “Le Tokyo Bay Ride a pour but de montrer le contraste entre le Tokyo d’avant et les nouveaux quartiers en pleine ébullition. Le Sumo Wrestler’s Ride est une invitation à la  découverte de la culture locale au travers d’une balade dans les rues d’Ueno, Asakusa et Ryôgoku”, ajoute-t-elle, soulignant qu’il s’agit avant tout de la faire en toute décontraction. Un maximum de 14 personnes par groupe enfourchent ainsi les vélos de TGCT, en ayant au préalable été formés au bon usage de la bicyclette dans la capitale. Avec à sa tête un guide expérimenté, la petite troupe s’élance dans les rues et s’arrête lorsque le besoin s’en fait sentir. “Malheureusement, nous ne disposons pas encore de guide en français, mais je sais que bon nombre de francophones parlent très bien anglais. Ils pourront donc suivre les explications, et compte tenu de la taille du groupe, c’est très facile de demander au guide de réexpliquer si on en ressent le besoin”, affirme Koezuka Yukiko. Depuis sa création, TGCT connaît un succès croissant, car il apporte une vraie valeur ajoutée au touriste. Celui-ci pourra alors dire qu’il a vraiment vu Tokyo.
Gabriel Bernard

Pratique :
Circola Kyoto 210-4 Owari-cho,
Nakagyo-ku, Kyoto, 604-0934 Tél. : 81-(0)90-9692-0809
Pour 4 000 yens, vous avez à votre disposition un guide francophone qui vous fera découvrir de façon personnalisée l’ancienne capitale impériale.
Tokyo great cycling tour 1-3-2, Shinkawa, Chuo-ku, Tokyo 104-0033 Tél. : +81 (0)3 4590 2995 ou www.tokyocycling.jp. Il faut compter 10 000 yens [87 euros] pour un circuit de six heures (9h-15h). Le prix comprend la location de vélo, l’assurance et le déjeuner sous la forme d’un bentô.