Une génération qui en veut

Inconnus du grand public en dehors du Japon, de jeunes réalisateurs sont en de s’imposer dans l’archipel.

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Kawa no soko kara konnichiwa (Sawako Decides) réalisé par Ishii Yûya. ©DR

Les Kore-eda, Kurosawa, Aoyama ou Kitano n’ont qu’à bien se tenir. De tout jeunes réalisateurs sont prêts à assurer la relève. Mais quels sont les sujets abordés dans leurs films ? “Cette génération traite essentiellement d’une jeunesse qui n’a pas connu l’époque prospère de la bulle financière des années 1980, explique le directeur du de Tôkyô, Yatabe Yoshi. Tous mettent en avant dans leurs films le climat d’anxiété et l’instabilité des jeunes d’aujourd’hui.” Rien de déprimant pour autant, grâce à un sens de l’humour hors du commun, souvent teinté de causticité ou d’ironie. Le chef de file de cette nouvelle génération de cinéastes s’appelle Yamashita Nobuhiro. “Il est considéré comme le Kaurismaki japonais, reconnaît Yatabe Yoshi. Ça fait dix ans qu’il a débuté et il a une technique bien à lui pour mélanger le drame et l’humour. Comme dans Linda Linda Linda, qui dépasse le simple portrait d’un girls band pour évoquer l’adolescence dans ce qu’elle a de plus juste. Dans la même veine, Ishii Yûya a eu un énorme succès avec son Kawa no soko kara konnichiwa (Sawako decides).  “Comme Yamashita, il excelle à truffer de pointes d’humour des films pas forcément drôles au départ, raconte Yatabe Yoshi. Mais dans ce registre, j’ai un faible pour Irie Yû , qui écrit lui-même ses scénarios, maîtrise merveilleusement la technique et l’ du plan séquence.” 8000 Miles, sa comédie dramatique sur un groupe de rappeurs provinciaux a connu un bouche à oreille exceptionnel. Autre portraitiste de la jeunesse japonaise d’aujourd’hui, Ômori Tatsushi, “dont il traduit à merveille l’état d’esprit et les valses hésitations”, ajoute le directeur du festival de Tôkyô.
Plus sérieux, du moins en apparence, Fukada Kôji est reconnu pour sa cinéphilie pointue et une inspiration très littéraire. Yamada Kôichi, célèbre critique de cinéma et ami de François Truffaut, dit de lui qu’il est le Rohmer japonais. “Son dernier film, Hospitalité, traite de l’accueil de sans papiers dans une famille japonaise d’aujourd’hui. C’est un film formellement mal dégrossi, mais d’une ampleur universelle”, explique-t-il. L’humanisme qui s’en dégage l’inscrit dans la lignée des grands cinéastes japonais, Ozu ou Naruse. De même, Kumakiri Kazuyoshi, ancien réalisateur de films de genre, est devenu plus demandé depuis son film Sketches of Kaitan City, primé cette année au festival de Deauville. “Son cinéma a mûri, pour évoquer des thèmes plus actuels, plutôt durs et désespérés”, constate Yatabe Yoshi. Ce panorama ne serait pas complet sans évoquer Matsue Tetsuaki . Car le réalisateur de Live Tape est sans doute “le plus atypique de tous”. C’est un réalisateur qui s’amuse à abolir les frontières entre les deux côtés de la caméra et qui mélange et fiction. “ Je vais vous donner un truc pour reconnaître un cinéaste qui compte, précise le directeur du festival de Tôkyô. Il suffit de voir s’il travaille avec le chef opérateur Shindô Ryôtô. C’est peut-être lui qui symbolise le mieux le cinéma japonais d’aujourd’hui. C’est le technicien qu’on s’arrache.”  Si, après ça, vous pensez encore que le cinéma japonais manque de souffle, c’est à désespérer.
Uozumi Sakiko