Le malheur des uns, le bonheur des yakuza

Après avoir donné dans l’humanitaire, plusieurs groupes mafieux tentent de profiter de l’après-séisme.

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La catastrophe du 11 mars 2001 a généré 25 millions de tonnes de gravas à déblayer. ©DR

Au lendemain du séisme et du tsunami qui ont dévasté le nord-est de l’archipel, une nouvelle a attiré l’attention de nombreux médias. On annonçait que plusieurs groupes mafieux allaient mettre la main à la poche pour aider les sinistrés. Ainsi l’Inagawa-kai, troisième organisation criminelle du pays, a envoyé 25 camions remplis de nourriture, boissons et lampes de poches dans les zones les plus touchées. Cet élan humanitaire est venu rappeler à quel point les familles mafieuses étaient des éléments constitutifs de la société japonaise et qu’à ce titre, comme la plupart des autres citoyens, elles se devaient de participer à l’effort de solidarité nationale. En regardant les images de ces camions pleins de ravitaillement dépêchés par des yakuza, on a fini par oublier que ces groupes sont avant tout des criminels et que leur objectif est aussi de profiter de la situation pour s’enrichir. Toutes les occasions sont bonnes, d’autant plus que la crise économique qui frappe l’archipel depuis le début des années 1990 a aussi touché les yakuza dont une partie des activités étaient liées à l’économie normale. Par ailleurs, la présence sur le territoire japonais de groupes mafieux venus de Chine ou de Russie leur a aussi posé problème. Voilà pourquoi, au sein de ces groupes bien organisés, on s’est dit qu’il était temps de profiter de la catastrophe du 11 mars pour se refaire un peu. Les autorités policières ont noté un renforcement de la présence de yakuza dans la région du Tôhoku. Cette fois, on ne parle plus de camions avec des vivres, mais d’individus dont la mission principale est de gagner des contrats pour le déblaiement des millions de tonnes de gravas qui jonchent le sol des zones sinistrées. Pour remporter les contrats, ils distribuent de l’argent aux sinistrés pour impressionner les autorités locales qui seront ainsi plus enclines à rendre la pareille le moment venu. Compte tenu de l’urgence de la situation, les responsables des municipalités concernées n’ont pas les moyens de contrôler tous ceux qui se présentent pour proposer leurs services. La police est elle aussi débordée. Au-delà de la question des gravas à traiter, le magazine Shûkan Bunshun rapportait, dans son édition du 9 juin, la présence de plusieurs membres de groupes mafieux parmi le personnel de la centrale de Fukushima-Daiichi dont la mission consiste à récolter le maximum d’informations à charge contre Tepco, la société en charge de la gestion du site nucléaire. L’objectif est ainsi de pouvoir “faire chanter” l’entreprise ou de la menacer de tout révéler lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires si elle ne verse pas des compensations financières. La Sumiyoshi-kai, deuxième organisation criminelle du pays, serait très active à Fukushima. Le séisme pourrait donc bien servir les intérêts de ces groupes peu recommandables.
Odaira Namihei