En été, il faut aller au Bal

Dans le cadre de sa Saison japonaise, le nouvel espace parisien consacré à l’image a concocté un magnifique programme.

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A Criminal Investigation (1958), Watabe Yûkichi

Il y a déjà quelques mois, les habitants du 18ème arrondissement de Paris et les amoureux de la photographie ont vu naître un nouvel espace culturel entièrement dédié au 8ème Art : Le Bal. Alors difficile de contenir sa joie lorsque l’on découvre que le Japon est à l’honneur dans ce superbe endroit ! Depuis le mois de mai et jusqu’au 21 août, dans le cadre de sa Saison japonaise, Le Bal et sa directrice Diane Dufour, présentent, et non sans succès, la très belle exposition Tokyo-e dédiée aux œuvres de trois photographes. Tokyo-e a deux sens en japonais : “Vers Tôkyô” et “Images de Tôkyô”. Ces deux dimensions se conjuguent et s’appliquent aux clichés des photographes marqués par les mutations effrénées de la capitale japonaise après la guerre. Watabe Yûkichi, jeune photo-reporter en 1958, suit l’enquête d’un policier tokyoïte lancé sur la piste d’un tueur en série. Au fil des rues de la capitale, de ses marchés et de ses artisans, il fige à jamais des scènes d’un suspens digne des meilleurs films noirs. Shitamachi, quartier populaire de Tôkyô, subit les prémices d’une modernisation implacable. Armé de la volonté de conserver l’image d’un univers traditionnel et révolu, Takanashi Yutaka, co-fondateur du légendaire magazine Provoke en 1968, réalise des portraits d’intérieurs et d’extérieurs anciens, afin de témoigner de l’histoire des quartiers voués à disparaître pour laisser place à un univers moderne et métallisé. Face à la contestation qui agite le Japon dans les années 1970 et qui bénéficie d’une couverture médiatique  sans discernement, Kitajima Keizô préfère s’intéresser à l’individu et à son identité au cœur des grandes villes. Marqué par des précurseurs comme Araki Nobuyoshi, il photographie ceux qui l’entourent en se fondant dans leur quotidien. Ces portraits pris dans les ruelles du quartier chaud d’Okinawa, de Shinjuku, de New York, Berlin et Moscou, n’en sont que plus humains et réalistes.
Le Bal nous offre ici une triple exposition de photographes superbement inspirés. Par ailleurs, un cycle cinéma hors les murs, programmé par Philippe Azoury sur le thème Identités japonaises se poursuit actuellement au Cinéma des Cinéastes. Depuis sa création, Le Bal s’est fixé pour but de valoriser l’image dans sa dimension la plus large. Photographiée ou filmée, elle y sera toujours valorisée et rendue accessible au plus grand nombre. Ancienne ou contemporaine, elle y sera toujours inédite.
Qui aurait pu croire que cette guinguette des années folles qui s’appelait Chez Isis et attirait les clients avec ses vendeuses de charme, avant de devenir le plus grand PMU de France serait le nouveau sanctuaire de la photographie, soutenu par les plus grands mécènes de France. Mais ne nous y méprenons pas ! Malgré l’impression élitaire de l’espace lié à la richesse de sa programmation, c’est avant tout un lieu de vie où tous les types de public sont amenés à se croiser.
Elodie Brisson

Pratique :
Le bal 6, Impasse de la Défense 75018 Paris – Tél. : 01 44 70 75 50 – www.le-bal.fr