Refuser en japonais : tout un art

Comment, avec quelques mots et sans froisser son hôte, refuser du nattô au petit déjeuner.

おいしいですよ。どうぞ、食べてください。
Oishii desu yo. Dôzo, tabete kudasai.
C’est très bon. Allez-y, servez-vous.

C’est proposé si gentiment… Mais non. Il y a des choses qui ne peuvent pas passer, qu’on ne peut accepter. C’est physique, physiologique, organique, somatique : pour certains dont je suis, le nattô est un malentendu collectif, une illusion alimentaire. Il y a ceux qui adorent, et il y a ceux comme moi qui ne comprennent pas. Surtout au petit déjeuner. Le nattô ne se mange pas, du moins c’est ce qu’on peut penser rien qu’à l’odeur que cette préparation à base de graines de soja fermentées diffuse lorsqu’on la mélange.

どうですか。おいしいですか。
Dô desu ka ? Oishii desu ka ?
Alors ? Vous trouvez ça bon ?

Comment répondre à une telle question ? Comment ne pas se dire qu’un mensonge ici condamnerait à l’impossible pour toute la suite de son séjour : devoir avaler sa portion de nattô tous les matins. Mais comment risquer de paraître désobligeant et d’offenser la maîtresse de maison qui s’est levée à 6h pour préparer le petit déjeuner de toute la famille ? Comment envisager de marquer le début de cette première journée au Japon en dénigrant l’un des symboles de son alimentation ? Terrible dilemme qu’il convient donc de devancer par un refus… Mais là encore, torture de l’esprit. Il ne faudrait pas vexer. Jouons-la simple mais poli :

けっこうです。遠慮します。
Kekkô desu. Enryo shimasu.
Non merci. Je préfère m’abstenir.

Et là, votre hôte se demande bien pourquoi et marque une certaine déception. Il convient alors de justifier votre refus en invoquant vos différences culturelles :

フランス人の口には合わないようです。
Furansujin no kuchi ni wa awanai yô desu.
Je crois bien que ce n’est pas fait pour les Français.

Mais ça ne suffit pas toujours, car notre hôte sait que la France est le pays du fromage et peut à raison s’étonner qu’on ne supporte pas le nattô alors qu’on salive à la vue d’un bleu d’Auvergne. Soyons alors équitable et montrons que nous savons aussi snober notre propre culture :

フランスでもチーズはあまり食べませんので…
Furansu demo chîzu wa amari tabemasen no de…
Même en France, je ne mange pas beaucoup de fromage…

Il ne vous reste ensuite plus qu’à vous rattraper sur le poisson, la soupe de miso et les légumes macérés.
Pierre Ferragut

Pratique :
Le mot du mois
必ず (kanarazu) : à coup sûr, immanquablement
納豆が大好きで、毎朝必ず食べます。
Nattô ga daisuki de, mai asa kanarazu tabemasu.
J’adore le nattô, j’en mange à coup sûr tous les matins.