Un anniversaire dignement fêté

Pour son quinzième anniversaire, la Maison de la culture du Japon à Paris propose un programme de 150 films. Chapeau bas.

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Extrait de Après le grand tsu­nami (Ôtsunami no atoni) de Morimoto Shûichi.

Comme le temps passe vite ! Cela fait déjà quinze ans que la Maison de la culture du Japon à Paris (MCJP) a ouvert ses portes. Pour célébrer cet événement, les responsables n’ont pas lésiné sur les moyens. Et plutôt que d’organiser une énorme fête avec plein de petits fours, ils ont eu la très bonne idée d’organiser une fête du cinéma avec une programmation comprenant quelque 150 films. En cette période de vaches maigres pour le cinéma japonais en France, voilà une initiative qui mérite d’être saluée. Il faut dire que la  MCJP a investi dans une salle de cinéma alors qu’à ses débuts les projections se déroulaient, bon an mal an, dans une salle inadaptée. Cet investissement démontre une réelle volonté de donner toute sa place au 7ème Art et récompense le travail de Fabrice Arduini qui y supervise la programmation cinématographique depuis des années. Comme l’expliquent très bien les promoteurs de ce grand rendez-vous étalé sur huit mois — de mai à décembre 2012 —, c’est “une invitation à découvrir la société et la culture japonaises à travers le cinéma.  Les amoureux du Japon apprécieront de voir ou revoir quelques grands classiques (Mizoguchi, Kurosawa, Ozu, Naruse) en provenance d’une cinématographie qui fut l’égale d’Hollywood à deux reprises dans son histoire. A ces œuvres du patrimoine mondial se joindront des films rares de réalisateurs déjà familiers des cinéphiles (Kinoshita Keisuke, Okamoto Kihachi, Urayama Kirio, Nakagawa Nobuo), mais aussi “d’auteurs-surprises” (Saeki Kôzô, Watanabe Kunio, Hisamatsu Seiji) comme il en existe encore beaucoup au Japon”. Comme les choses sont rarement faites à moitié à la MCJP, surtout lorsqu’on parle de cinéma, la programmation a été divisée en quinze thématiques permettant ainsi au public de se tourner vers les sujets qui l’intéresseraient plus particulièrement. “Pour ceux qui désirent mieux connaître le Japon, ou pour une première approche, les thématiques proposées ne manqueront pas de satisfaire leur curiosité dans des domaines aussi variés que la famille, les enfants, l’amour, la représentation du paysage, le sens de la vie et de la mort, la nostalgie du pays natal, les héroïnes japonaises ou encore la société de l’après-guerre. D’autres programmes aborderont le Japon d’un point de vue original : son histoire moderne (1868 – 1945) à travers des super-productions populaires inédites ; les mutations économiques et sociales actuelles vécues au quotidien et analysées par des documentaires percutants ;  ou bien les dernières évolutions du phénomène otaku comme remède anti-crise”, précisent les organisateurs.
Actualité oblige, la première thématique abordée est celle des événements liés au 11 mars 2011. Rien de plus normal compte tenu de l’ampleur de la catastrophe ou des catastrophes puisqu’il s’en est ajouté une autre : Fukushima. D’ailleurs, le titre donné à cette première salve de films est Avant, pendant et après Fukushima. On pourrait ergoter et se demander pourquoi le mot Fukushima est ainsi mis en avant, alors que l’ensemble des films présentés ne se concentrent pas tous sur l’accident de la centrale de Fukushima Dai-ichi. Il est vrai qu’en France, on a très vite oublié les zones sinistrées par le tsunami pour se concentrer sur la crise nucléaire. Cela dit, la programmation de cette première thématique qui s’ouvre le 2 mai à 17 h 45  par la projection des documentaires Après le grand tsu­nami (Ôtsunami no atoni) de Morimoto Shûichi et Les Sons de ma ville (Tsu­chioto) de Ôkubo Yûi aborde avec sensibilité et émotion les conséquences du puissant séisme du 11 mars dans les préfectures de Miyagi et Iwate. D’autres documentaires produits notamment par la NHK, la chaîne publique, et diffusés le 23 mai apportent un témoignage intéressant sur la façon dont les populations ont vécu l’annonce de la catastrophe et vivent dé-sormais avec une centrale accidentée.  Séisme et tsu­nami : les 90 pre­miè­res minu­tes ou com­ment les rédac­tions loca­les de la chaîne NHK ont retrans­mis la catas­tro­phe (Higa­shi nihon dai­shin­sai hôdô VTR sai­sho no 90 pun) et La vie des sinistrés pendant 6 mois à l’arrière de la zone irra­diée  (Kazoku wa hôshanô no mukou ni – aru gen­patsu hinan­sha no rok­ka­get­su-) sont particulièrement intéressants.
Tous ces éléments d’information sont mis en perspective avec d’autres films plus au moins récents qui traitent du problème des ressources et de la biodiversité (La Rivière Arakawa, Les Pluies éternelles d’Ôdaigahara), du péril atomique (Alexei et la source, Pluie noire, Les enfants d’Hiroshima), des violences naturelles imprévisibles (La submersion du Japon, Le volcan tueur). La volonté des organisateurs de recadrer la thématique avec des œuvres qui n’ont rien à voir directement avec les événements du 11 mars permet aux spectateurs d’alimenter leur réflexion et souligne ce souci permanent de l’équipe cinéma de la MCJP d’accompagner au mieux le public dans sa découverte du cinéma japonais.
Gabriel Bernard

Pratique :
Paysages du cinéma japonais du 2 mai au 28 juillet 2012. Films en VOSTF : 4€ (tarif réduit : 3€)
Films en VOSTA et docu­men­tai­res NHK : 2€.
101 bis Quai Branly 75015 Paris – Tél. 01 44 37 95 01
Programmation complète : www.mcjp.fr