Jean qui rit et Jean qui pleure

Les statistiques du commerce extérieur n’ont jamais été aussi mauvaises. Mais il reste de solides poches de résistance.

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Son Masayoshi, patron de Softbank, en compagnie de Dan Hesse, numéro un de Sprint, lors de l’annonce du rachat de la société américaine le 15 octobre à Tôkyô.

Sur le front économique, les nouvelles se suivent et ne se ressemblent pas. Un jour, le moral est en berne lorsque le gouvernement annonce que le pays a enregistré, au premier semestre de son année fiscale 2012, le plus important déficit commercial jamais connu dans son . Le chiffre de 3 200 milliards de yens est évidemment impressionnant, mais c’est surtout sa progression qui surprend puisque le déficit est en progression de plus de 90 % par rapport à l’année précédente. Principales responsables de cette situation, la crise de la dette en Europe et les relations tendues avec le voisin. D’un côté, les Européens ont commencé à réduire leur consommation en raison de la dégradation de la situation économique sur le Vieux continent. De l’autre, les appels au boycott des produits japonais après la poussée de fièvre liée au contentieux territorial avec la Chine ont eu un impact important sur la balance commerciale du Japon. Pour le seul mois de septembre, le déficit commercial japonais a atteint près de 559 milliards de yens. A titre d’exemple, les ventes de véhicules de la marque Toyota ont diminué de moitié, en septembre, sur le territoire chinois. Si la se confirmait, cela devrait empêcher le constructeur japonais d’atteindre le chiffre symbolique des 10 millions de véhicules produits en 2012.
Toutefois, la conjoncture qui prévaut actuellement dans l’archipel ne fait pas que des malheureux. Plusieurs entreprises japonaises profitent notamment du yen fort pour multiplier les acquisitions à l’étranger, en particulier sur des marchés émergents. Cela devrait leur permettre de mieux résister à la faiblesse du marché intérieur marquée par la déflation et le vieillissement de la population. Jusqu’à présent, pour la seule année 2012, les entreprises japonaises ont dépensé plus de 63 milliards de dollars en rachat de sociétés étrangères. Un chiffre qui a fait un bond après l’annonce, le 15 octobre, de la prise de contrôle de Sprint, le  troisième opérateur de téléphonie mobile aux Etats-Unis, par Softbank. Le Japonais débourse ainsi 20 milliards de dollars pour acheter 70 % des parts de la société américaine, lui permettant ainsi de se hisser au troisième rang mondial en termes de revenus. L’ nippone, qui n’est pas au mieux de sa forme, n’est pas pour autant moribonde. Elle tente, bon an mal an, de trouver des relais de croissance ailleurs quand elle ne peut pas s’appuyer sur le marché local. Cela en fait pleurer certains pendant que les autres retrouvent le sourire.
Gabriel Bernard