Narita Daisuke, le parrain de fanzines

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IRA assure aussi la promotion d’artistes étrangers comme Filastine

Les gens disent que vos armes principales sont le photocopieur et la machine à coudre.
Narita Daisuke  : Ils ont raison. (rires) Je suis diplômé d’une école de mode. Chaque jeudi, j’organise une réunion autour de la fabrication de vêtements. Tout est prétexte à laisser s’exprimer la créativité !

Comme la plupart des personnes qui évoluent dans l’univers des fanzines, vous avez commencé par la .
N. D. : En effet. Il y a une vingtaine d’années, j’étais punk. Comme j’étais incapable de jouer de la musique, j’ai cherché à exprimer mes vues dissidentes concernant la guerre, la politique et les grands médias. J’ai débuté avec un magazine baptisé U-Do-Sha dans lequel j’ai rendu hommage au groupe anarco-punk Crass et publié des guides photo consacrés à Berlin et New York. Ma toute dernière réalisation s’appelle Tongue Confuzine. Il s’agit d’une publication qui compile des phrases déjantées dans différentes langues que je considère comme utiles. On peut ainsi y trouver : “Au secours ! La police me poursuit !” ou “Etes-vous ouvert à de nouvelles expériences ?” J’ai aussi mis en place un système de distribution de fanzines grâce auquel je diffuse mes propres productions et celles d’autres de mes collègues.

En 2004, vous avez créé Irregular Rhythm Asylum (IRA). Pouvez-vous nous en dire un peu plus à son sujet ?
N. D. : Pendant des années, j’ai connu pas mal de problèmes de trésorerie. Aujourd’hui, nous avons réussi à faire en sorte que les produits distribués par nos soins couvrent, bon an mal an, nos dépenses. Comme je suis concepteur de site , je ne m’inquiète pas trop de l’aspect financier d’IRA. De toute façon, pour vous dire la vérité, le fric ne m’intéresse guère. Ce qui m’importe c’est d’aider les autres dans leur quête d’autonomie et de créativité. Le marché, je m’en fous. La scène alternative commence enfin à prendre de l’ampleur au Japon. Ce qui est aussi une bonne chose à mes yeux, c’est que l’IRA est devenu un point de ralliement pour toutes les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, refuse le statu quo culturel et social. Il nous permet également d’entrer en contact avec des éditeurs de fanzines à l’étranger.

Que trouve-t-on à l’IRA ?
N. D. : On distribue des CD, essentiellement de la musique punk, des vêtements, des badges, des livres, en particulier de la littérature anarchiste et des ouvrages publiés par des éditeurs indépendants comme AK47 Press et Microcosm. On a aussi bien sûr des fanzines. La plupart d’entre eux sont en japonais, mais on en trouve aussi en anglais. Mais comme je le disais, IRA est avant tout un point de rencontre. Les gens peuvent s’y rendre, se relaxer sur un canapé, prendre un bon café et discuter avec des personnes intéressantes et rester autant de temps qu’ils le souhaitent. Ici, vous avez la possibilité de croiser des gens créatifs que vous avez peu de chance de rencontrer à Shibuya ou Harajuku. Nous aimons tout ce qui sort de l’ordinaire.
Propos recueillis par Gianni Simone