Au nom de toutes les mères

Même si elle n’a pas d’enfants, cette femme a compris qu’il fallait assurer un avenir sain pour que la natalité soit au rendez-vous.

Tokyo, August 31st 2012 - Portrait of Mie Anthearn in front of the anti-nuke tents in Kasumigaseki.
Depuis son retour au Japon, Mie Anthearn mène le combat pour protéger les enfants de la contamination radioactive. © Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

A52 ans, Kusano Mie n’a jamais eu d’enfants. Mais nous avons tenu à lui donner la parole pour l’action que cette “maman de cœur” mène auprès des enfants de la préfecture de Fukushima où elle a jadis elle-même grandi. Cette native de Shirakawa a vu “la terre de son enfance s’effondrer au mois de mars 2011”. Elle pense qu’aujourd’hui“la peur de la contamination va être un frein à la création de nouvelles familles au Japon. Dans la région du Tôhoku mais aussi dans d’autres zones du Japon.”
Si elle vit depuis sept ans dans le Maine, aux Etats-Unis, aux côtés de son époux, Steve Athearn, elle a été bien naturellement bouleversée par la tragédie de mars 2011. “Ma mère, mes  frères et sœurs ainsi que toutes leurs familles vivent toujours à Fukushima, explique-t-elle. Mes jeunes nièces et neveux habitent à Fukushima, Koriyama et Shirakawa, la ville où je suis née précisément. Aujourd’hui, cette zone est fortement contaminée à cause de la rivière Abukuma qui la traverse.” Mie se souvient avec tendresse des jours heureux qu’elle a passé dans cette province japonaise.  “Quand je pense à mon enfance, je vois un lilas blanc planté au milieu d’une forêt sombre : c’est comme une journée de printemps sans fin.” Depuis mars 2011, “tout a tellement changé. L’agriculteur doit jeter sa production, la surface du sol doit être arrachée et dénuée de ses micro-organismes essentiels. Les enfants ne peuvent plus toucher à l’herbe du jardin et pour la plupart, ne pourront plus jamais rentrer chez eux car tout est contaminé.” Kusano Mie a alors été prise par un sentiment de culpabilité. “Je regrette et j’ai honte. Quand la centrale de Fukushima s’est installée, je n’ai rien dit. C’est pourquoi j’ai envie de contribuer à la réparation de notre terre.”
En novembre 2011, le père de Mie est décédé. Et sa mère a eu besoin d’une intervention pour soigner son cancer du sein. “Je suis donc partie vivre avec elle. Ma famille avait cette fois beaucoup trop besoin de moi”, précise-t-elle. A son arrivée, Mie s’est engagée alors dans une autre forme d’action. “Je voulais également aider ma famille à quitter Fukushima. Le gouvernement japonais a ordonné l’évacuation des résidents dans les zones de radiation qui dépassent les 20 millisieverts par an. Mais cela veut aussi dire que beaucoup de résidents vivent sous des seuils de radioactivité supérieurs tous les jours. Même s’il est inférieur à la norme définie, il existe. La plupart des personnes sont conscientes du risque qu’elles encourent mais elles sont aussi souvent dans l’impossibilité économique de quitter leur zone de résidence. Et puis cela rassure de rester dans un environnement familier même si dans le fond, l’endroit n’est plus très sûr”, confie-t-elle. Mie a alors décidé de s’investir localement et rejoint Honda Takafumi qui a fondé en juin 2012 le World network for saving children from radiation (Réseau mondial pour sauver les enfants des radiations). Cette association internationale a pour objectif de travailler pour la protection des enfants des dangers nucléaires et radioactifs. “Nous partageons nouvelles et informations concernant les effets de la radioactivité sur les enfants. Nous avons également participé à la création d’une clinique citoyenne à Fukushima. Nous espérons que cet endroit pourra donner des réponses aux questions des mères inquiètes et trouver des solutions aux maladies qui risquent de se développer dans les années à venir. Les enfants qui ont encouru les plus forts taux de radiations devront suivre un traitement de 24 jours, trois fois par an, pendant 10 ans.”
Selon Kusano Mie, “la peur de la contamination va s’ajouter aux soucis financiers que les jeunes familles rencontrent. Avoir un enfant représente également une lourde charge financière au Japon. Il faut que ce pays évolue dans sa manière de penser la vie, l’économie, la culture ou l’industrie.” En mars dernier, la belle-sœur de Kusano Mie a donné naissance à une petite fille. “Avec son mari, Yoshitaka, ils vivent à Shirakawa. Cela n’a pas été simple : durant toute sa grossesse, elle a eu peur de la contamination”, raconte-t-elle. C’est donc peut-être pour conjurer le sort qu’ils ont appelé leur fille Nozomi. Un prénom qui signifie espoir en japonais.
Johann Fleuri