Kawagoe, voyage dans le temps

A moins d’une heure de la capitale, la ville nichée au cœur de la préfecture de Saitama vous entraîne deux cents ans en arrière.

Kawagoe, February 2010 - Facade and windows of an Edo-period house in Kawagoe.
La cloche du temps résonne quatre fois par jour entre 6h et 18h. ©Gabriel Bernard

Les transports en commun sont au Japon, on le sait, à un niveau de qualité quasi irréprochable. C’est si vrai qu’il vaut mieux choisir le train pour se rendre à Kawagoe, au centre de la préfecture de Saitama. La ville compte pas moins de trois gares pour accueillir les milliers de visiteurs qui viennent se plonger dans l’atmosphère de ce que devait être Edo (ancien nom de Tôkyô) avant que la capitale ne devienne la ville moderne que l’on connaît. Surnommée Koedo (petite Edo), Kawagoe possède en effet un patrimoine architectural qui rappelle les constructions en vogue dans la grande cité voisine. Située à une quarantaine de kilomètres du cœur de la capitale,  Kawagoe entretenait de très nombreux échanges avec Edo, ceux-ci s’effectuant essentiellement par voie fluviale. La ville était considérée comme une place stratégique essentielle par le shogunat qui s’assura d’y placer de puissants vassaux. Le château de Kawagoe, aujourd’hui disparu, était le plus près de celui d’Edo, il était donc crucial pour le pouvoir central d’avoir des hommes de confiance qui s’arrangèrent pour faire de leur ville un centre commercial de premier plan. Le creusement de la rivière Shingashi, la création de canaux permirent aux marchands de multiplier le commerce avec Edo, bénéficiant aussi de l’amélioration des rendements agricoles. L’enrichissement général de Kawagoe favorisa le développement des activités culturelles importées d’Edo. L’opulence était manifeste dans le quartier d’Ichibangai qui était alors le centre de la ville. On peut encore aujourd’hui s’en rendre compte par la présence des magasins et de leurs entrepôts aux murs en torchis (karazukuri) dont la principale qualité était sa résistance au feu. Cela n’a pas empêché la ville de connaître un très violent incendie en 1893 au cours duquel de très nombreuses constructions ont disparu. Mais à la différence de Tôkyô qui a connu le grand séisme de 1923 et les bombardements incendiaires américains en 1945, elle a réussi à en sauver un bon nombre. La découverte de ces bâtiments et de la rue Ichibangai est en général la première chose que les touristes font en arrivant à Kawagoe. La partie la plus intéressante se situe entre Nakamachi et Fuda no Tsuji. De part et d’autre de la rue, on découvre des bâtisses imposantes qui se caractérisent par leur toiture en tuiles, des murs de crépi noir et des fenêtres dont les volets ressemblent plus à des portes de coffre-fort qu’à des battants ordinaires. La première que l’on rencontre en partant de Nakamachi s’appelle Kameya. Elle a été bâtie en 1894, un an après le grand incendie qui ravagea la ville. Kameya (tous les jours de 9h à 18h) est une boutique spécialisée dans les pâtisseries qui attirent les gourmands. Sa spécialité, Kamedora (158 yens), un petit fourré en forme de tortue, est un vrai délice.

Canon EOS 5D Mark II EF 24-70mm  F2.8L USM Adobe Photoshop Lightroom 3.6
La cloche du temps résonne quatre fois par jour entre 6h et 18h. ©Gabriel Bernard

En grignoter un, tout en remontant la rue à la découverte d’autres bâtiments semble être une habitude chez les promeneurs qui semblent s’être donnés le mot. Un peu plus haut sur la gauche, Tôhoyamawa, un magasin de poteries (tous les jours de 10h à 18h), bénéficie d’une grosse cote auprès des amateurs de photographie. Situé à un angle d’une petite rue, sa belle façade est prise sous toutes les coutures. Avant d’atteindre cette belle bâtisse dont les vitrines remplies de magnifiques objets attirent aussi le regard, vous aurez remarqué sur la droite un immeuble de trois étages de style occidental. Il s’agit de la banque de Saitama Risona construite en béton armé au début du XXème siècle. Imposante, elle illustre la puissance commerciale de la ville. Sur le même trottoir que Tôhoyamawa, une petite visite au musée Karazukuri (de 9h à 17h, fermé le lundi, 100 yens) permet de se familiariser avec les techniques de construction avant de se rendre à une cinquantaine de mètres sur le trottoir opposé pour découvrir la maison de la famille Ôsawa (Ôsawake jûtaku) qui fut construite en 1792 par un riche marchand de tissus. Epargné par l’incendie de 1893, le bâtiment a inspiré les constructions ultérieures. En face, se trouve le musée des fêtes de Kawagoe (Kawagoe matsuri kaikan), un passage obligé pour se familiariser avec une autre facette de la ville : la fête. Chaque saison a la sienne ou les siennes. Au printemps, il y a les Koedo Kawagoe matsuri qui se déroulent entre fin mars et mi-mai. En été, la fête des millions de lanternes, fin juillet, est l’occasion de belles illuminations, de parades dans les rues entre la gare de Kawagoe et Ichibangai. En automne, le troisième week-end d’octobre se déroule la fête de Kawagoe (Kawagoe matsuri), la plus importante de toutes.

itineraire-rue-des-confiseurs-kawagoe-japon
Bienvenue dans la rue des Confiseurs. ©Gabriel Bernard
itineraire-musee-des-fetes-kawagoe-japon
Au musée des fêtes de Kawagoe, on retrouve les accessoires utilisés pendant les défilés. ©Gabriel Bernard

 

 

 

 

 

 

Des centaines de milliers de personnes viennent assister au défilé des chars, mais surtout se replonger dans l’atmosphère des fêtes de l’époque d’Edo. Elle a en effet pour caractéristique de perpétuer les traditions héritées de l’ancien Edo que l’on ne trouve plus désormais dans la capitale. Si l’on n’a pas la chance de pouvoir s’y rendre, la visite du musée des fêtes (9h30-18h30, fermé les 2ème et 4ème mercredis du mois, 300 yens) vaut d’être faite car on y découvre des chars et de nombreux documents audiovisuels grâce auxquels on retrouve l’ambiance festive. En sortant de l’établissement, vous remarquerez la présence d’une tour en bois qui domine du haut de ses 16 mètres  le quartier. Il s’agit de la cloche du temps (Toki no kane) dont la construction originale date de 1627. Le bâtiment actuel a été bâti  en 1893. Classé par le gouvernement comme l’un des “cent paysages sonores à préserver”, on peut l’entendre quatre fois par jour (6h, 12h, 15h et 18h). Certains font un petit détour pour s’en approcher et la photographier, les autres redescendent un peu Ichibangai pour emprunter la première rue à droite et se diriger vers la rue des Confiseurs (Ka­shiya yokochô) qui aurait tout aussi bien pu s’appeler rue des Gourmands. Au début du XXème siècle, Kawagoe est devenue un grand centre de production de confiseries. La petite rue comptait alors près de 80 boutiques qui expédiaient dans tout le pays ses spécialités. De nos jours, elles sont bien moins  nombreuses, une dizaine environ, mais continuent d’attirer les visiteurs séduits par les couleurs et l’atmosphère nostalgique qui se dégage de ces magasins. On s’arrêtera à la fabrique Tamariki seika (10h-17h, fermée le lundi) fondée en 1914 où l’on confectionne de façon artisanale des bonbons de forme arrondie dont les décors sont aussi un plaisir pour les yeux. Une excellente idée de cadeau. Kawagoe ne se limite pas à ces deux artères. La ville réserve d’autres belles surprises. Au sud du quartier d’Ichibangai, on trouve la rue du rêve romantique de Taishô (Taishô roman yume dôri) qui regroupe des maisons de style occidental construites dans les années 1920. Un changement d’époque bien agréable que l’on peut prolonger, en se rendant au temple Kita-in dont l’histoire remonte à 830. Les bâtiments que l’on peut voir aujourd’hui ne sont pas d’origine. Suite à un incendie qui le détruisit quasi intégralement en 1638, le temple reçut une partie des constructions du château d’Edo dont il reste le hall de réception, le cabinet d’études ainsi que la chambre où est né Tokugawa Iemitsu, le shôgun qui a offert ces bâtiments, et celle de sa gouvernante. Entouré d’un joli jardin qui, en automne est un pur ravissement, le temple Kita-in est un lieu de promenade agréable. A proximité, on trouve les 535 statues des sages (Rakan) dont les premières remontent à 1782. Leurs expressions sont étonnantes et inspirent souvent la joie. Si vous êtes de passage à Kawagoe le 28 du mois, rendez-vous au temple Narita non loin de là. A cette date, dans son enceinte, se déroule un marché aux puces où l’on peut faire de belles découvertes à des prix abordables. Et comme toute marche ouvre l’appétit, vous pourrez vous restaurer dans l’un des très nombreux établissements de la ville. Il y en a pour tous les goûts. Il faut savoir que Kawagoe est célèbre pour sa patate douce utilisée surtout pour confectionner un biscuit que l’on fait griller. Et si l’on peut conseiller une adresse originale, ce sera Mio Casalo (tous les jours de 10h à 18h) situé dans Ichibangai à côté de la maison de la famille Ôsawa. Vous y trouverez de la charcuterie à base de porc noir de Koedo (koedo kurobuta) élevé dans la région. Un vrai régal à emporter ou à déguster sur place.
Odaira Namihei

itineraire-535-visages-des-sages-kawagoe-japon
A proximité du temple Kita-in, vous pourrez contempler les 535 visages des sages. ©Gabriel Bernard

Infos Pratiques pour s’y rendre :
Au départ de la gare d’Ikebukuro, il faut compter 32mn avec la ligne Tôbu Tôjô jusqu’à Kawagoe. Depuis Shinjuku, il faut 47 mn pour rejoindre la gare de Hon Kawagoe par la ligne Seibu Shinjuku.
Pour les possesseurs du JR Rail Pass, prendre le train jusqu’à Ômiya puis la ligne Kawagoe (18 mn) jusqu’à Kawagoe. Il est possible de prendre aussi la ligne Saikyô au départ d’Ôsaki (via Shibuya, Shinjuku) jusqu’à Kawagoe. Compter 48 mn par train rapide.