Dire ou non dire, il faut choisir

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Je rêvais de devenir franche avec les gens comme les Français. Au Japon “oui” ne signifie pas toujours “oui”. Et pour “non”, c’est la même chose. Par exemple lorsque l’on rend visite à quelqu’un, si à un moment votre hôte vous demande de rester dîner, souvent cela veut dire qu’il est temps de partir. Si on s’oppose à quelqu’un ou à quelque chose cela se passe mieux en faisant des circonlocutions avec un sourire élégant. C’est ce qu’on appelle le code social.
En France, je n’ai pas besoin de réfléchir à ces codes. Les gens sont plus francs et fidèles à leur désir. Lorsqu’il y a des invités à la maison, si je suis fatiguée, je peux me permettre de leur dire que je veux me coucher. C’est formidable ! Même au travail, quand on est fatigué, c’est normal qu’on soit désagréable ! Eh oui, quand on manque de sommeil, cela peut être une bonne raison de ne pas être concentré au travail. Puis si un vendeur veut bavarder avec son collègue, les clients doivent attendre. Les caissiers peuvent s’énerver si le client paie avec des billets alors qu’ils n’ont pas de monnaie. Le chauffeur de bus peut conduire très vite la nuit pour terminer sa journée le plus tôt possible, etc… En même temps, quand ces gens sont à la place des clients, ils n’hésitent pas à se plaindre. Le pire est que ces gens à qui on fait des reproches ripostent à fond au lieu de s’excuser. Qu’est-ce que c’est fatiguant ! Quand je vois des commerçants aimables, je crois être dans un autre pays, et j’aime bien la France en septembre car la plupart des gens sont souriants et motivés après leurs longues vacances. Ici, tout se passe affectivement et impulsivement.
Je voulais devenir comme ces Français et je le suis un peu aujourd’hui, je crois. Enfin, rester franche ne règle pas tous les problèmes et tous les jours je me bats entre “me comporter à la japonaise” ou “réagir à la française”. Avoir le choix, c’est finalement ce qui a de plus fatiguant.
Koga Ritsuko