La bonne parole américaine

Depuis plusieurs années, Tony Marano alias Texas Daddy défend les thèses des plus radicaux.

Tokyo, April 10 2014 - In the entrance of the Yushukan, Yasukuni's war museum, a A6M Zero fighter aircraft on display.
Dans l’enceinte du Yûshûkan, on trouve ce chasseur Zéro, fierté de l’aviation impériale. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

L e débat autour de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale au Japon, en particulier les sujets épineux comme le massacre de Nankin ou les esclaves sexuelles, dure depuis des années et a créé une fracture parmi les politiciens, les militants et les universitaires. Alors que la plupart des étrangers sont d’accord avec la version des faits établis, une petite poignée a commencé à défendre la position de ceux qu’on présente comme le front révisionniste composé de politiciens conservateurs et d’extrême droite. L’un d’entre eux s’appelle Tony Marano (ou Texas Daddy comme le surnomment affectueusement ses fans japonais). Cet homme de 65 ans est devenu, depuis sa retraite, une sorte d’activiste vidéo qui fait des commentaires sur les travers des médias. Au début, ce conservateur assumé – son héros s’appelle Ronald Reagan – se concentrait sur les Etats-Unis, mais depuis 2008, il s’intéresse de plus en plus au Japon. Zoom Japon s’est entretenu avec lui à propos de son nouvel amour pour le pays du Soleil-levant.

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Racontez-nous comment vous en êtes venu à vous intéresser au Japon.
Tony Marano : C’est un hasard. En 2008, j’ai lu un article dans le Dallas Morning News concernant l’association Sea Shepherd aux prises avec les chasseurs de baleines japonais. J’ai publié quelques vidéos pour critiquer leur politique de harcèlement à l’égard des baleiniers nippons. Quelqu’un a commencé par les traduire et les diffuser au Japon. Je ne savais rien à son propos et j’ai commencé à être en contact avec des Japonais qui m’ont beaucoup appris du passé et du présent au Japon. Puis, une Japonaise vivant à Washington m’a proposé de me rendre dans l’archipel pour participer à des conférences organisées par des groupes conservateurs. Ce que j’ai fait en 2011. Dans le même temps, je suis devenu ami en ligne avec Shun Ferguson (de son vrai nom Fujiki Shun’ichi). C’est lui qui publiait mes vidéos sous-titrées au Japon par le biais du Texas Oyaji Nihon Jimukyoku (Bureau japonais de Texas Daddy).  Moi qui ne faisais que 1 000 vues sur ma chaîne Propaganda Buster aux Etats-Unis, il faisait 30 000 à 40 000 au Japon. C’est par lui que toutes les demandes d’articles ou de chroniques passaient.

Un de vos contacts au Japon s’appelle Fujita Hiroyuki. Il est traducteur et éditorialiste au journal nationaliste Kokumin Shimbun.
T. M. : En effet, c’est un gars très sympathique qui parle très bien anglais et fait beaucoup de traductions. Il était mon interprète lors de ma première conférence à Tôkyô et depuis, il m’a toujours aidé. Il m’a même emmené au musée de la guerre Yûshûkan qui se trouve dans l’enceinte du sanctuaire Yasukuni.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ces groupes vous avez demandé de les aider sur ces questions ?
T. M. : Je sais seulement que j’ai été surpris par la correspondance que j’ai reçue de ces gens, par leur politesse, leurs bonnes manières et leur humilité. La même chose s’est passée quand j’ai publié mon livre chez Asuka Shinsha. Faire des affaires avec eux a forcé mon respect pour le Japon. Cela m’a rappelé la culture dans laquelle j’ai grandi à Brooklyn dans les années 1950. Elle était faite d’honnêteté et de respect. Aux Etats-Unis, tout ça a disparu. Je pense que les étrangers qui vivent au Japon apprécient justement ces qualités. Je ne comprends pas ces gens qui le critiquent et continuent d’y vivre. Si vous ne l’aimez pas, pourquoi ne pas le quitter ?

Vous avez récemment obtenu une copie d’un rapport de l’armée américaine de 1944 concernant les femmes de réconfort en Birmanie. Je l’ai lu en ligne et l’ai trouvé intéressant pour son caractère quelque peu schizophrène. D’un côté, il est écrit qu’elles vivaient bien, avaient beaucoup d’argent et “prenaient du bon temps en participant à des événements sportifs en compagnie d’officiers et d’hommes”. Dans un autre paragraphe, il est néanmoins écrit que “des agents japonais se sont rendus début 1942 en Corée pour enrôler des Coréennes pour participer à un service de réconfort (…) La nature de ce service n’était pas spécifié mais on laissait entendre qu’il s’agissait de rendre visite aux blessés, de changer leurs bandages et de rendre heureux les soldats. Les agents venaient avec beaucoup d’argent, une chance pour payer les dettes de la famille, proposaient un travail facile et la perspective d’une nouvelle vie dans un nouveau pays, Singapour. Sur la base de ces faux arguments, beaucoup de filles se sont laissées berner”. Qu’en pensez-vous ?
T. M. : Je ne me souviens pas de cette partie. Je la relirai. Toujours est-il que les Coréens affirment que 200 000 femmes ont été forcées de devenir esclaves sexuelles. Ma question est de savoir où étaient les hommes coréens quand cela s’est passé. Si un nombre comparable d’Américaines avaient subi le même sort, je suis sûr que les hommes auraient réagi. C’est pouquoi je remets en question ce terme “forcé”. Et puis, si cela s’est vraiment passé, pourquoi tant d’hommes ont rejoint les rangs de l’armée impériale japonaise ? Même celui qui est devenu le président Park s’est enrôlé dans cette armée. Est-ce que cela a un sens pour vous ? De là, dire que leur engagement était 100 % volontaire, je suis sûr que non. Je suis certain qu’il y a une forme de déception. Cela dit, je peux trouver plein d’exemples dans l’Histoire où une armée entretenait des bordels de campagne pour éviter des viols. Même l’armée américaine disposait de ce genre d’installations dans le Pacifique sud.

Concernant les milliers de Coréens (et Taïwanais) “s’enrôlant” dans l’armée japonaise, je me demande combien d’entre eux étaient vraiment volontaires. J’aimerais connaître votre opinion sur les témoignages de ces femmes qui affirment avoir été esclaves sexuelles et sur ceux des soldats japonais qui en ont été témoin ou en ont profité.
T. M. : Eh bien, je connais beaucoup de soldats qui ont témoigné du contraire, de soldats qui ont eu recours à ces femmes de réconfort et ont dit qu’elles n’étaient pas forcées à le faire. En ce qui concerne les femmes, rappelez-vous ce qui est arrivé en France aux femmes qui avaient eu des rapports avec des Allemands. Vous rappelez-vous comment elles ont été traîtées ? Je ne dis pas que c’est ce qui s’est passé ici, mais si j’avais été une femme de réconfort, je dirais plutôt qu’on m’a forcé à le faire !

Si je suis votre logique, même les soldats japonais qui ont dit que les femmes de réconfort n’avaient pas été forcées ont pu être motivés par les mêmes arguments. Que pensez-vous alors des excuses du gouvernement japonais et des réparations payées pour ses actions passées, y compris les femmes de réconfort ?
T. M. : Le Japon a signé en 1965 un traité avec la Corée pour mettre un terme à toutes ces questions. Il spécifiait qu’aucune autre demande ne serait faite. Une partie de l’argent devait servir à indemniser les femmes de réconfort, mais le président Park a conservé l’argent pour soutenir le développement économique et il ne l’a pas remis à ces femmes. Le Japon ne peut pas être tenu pour responsable des agissements du gouvernement coréen? Néanmoins les Coréens ont continué à exiger des excuses. En 1993, le Japon s’est exécuté comme pour dire “OK, on s’excuse, mais maintenant bouclez-la”. Mais imaginons que cela se soit vraiment passé, que l’armée japonaise ait été vraiment complice de l’enrôlement de force de 200 000 femmes dans ses bordels de campagne. Ça s’est passé il y a 70 ans ! Quand allons-nous enfin tourner la page ?
Ce n’est rien d’autre que du dénigrement pur et simple à l’égard du Japon. Et ça se passe aux Etats-Unis avec ces statues en l’honneur des femmes de réconfort que les Américaines d’origine coréenne tente d’ériger dans le pays. En fait, elles détestent le Japon !
Propos recueillis par Jean Derome