Unlucky Young Men : Encore mieux qu’au cinéma

Avec Unlucky Young Men, Ki-oon nous offre l’une des plus belles surprises de la rentrée. A lire absolument.

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L’influence du 7e art se fait bien sentir dans ce premier volume de Unlucky Young Men. © 2007 Fujiwara Kamui, Otsuka Eiji / Kadokawa / Ki-oon

Du grand art que ce premier volume de Unlucky Young Men publié par Latitudes, la collection grand format de Ki-oon. Une œuvre riche et originale qui ravira les amateurs d’histoires et de polars. Fujiwara Kamui et Otsuka Eiji ont concocté un manga qui se dévore de la première à la dernière page. Non seulement le dessin, le découpage au scalpel qui souligne la dimension cinématographique de cette œuvre et la qualité de la narration, mais aussi de très bons dialogues, tout concourt à donner à ce récit une épaisseur qui le classe au plus haut niveau.
En plantant leur histoire dans le Tôkyô de 1968 au moment où la capitale japonaise connaît comme d’autres endroits dans le monde une agitation étudiante sans précédent, les deux auteurs ont réussi à recréer l’atmosphère de cette période si particulière au cours de laquelle les jeunes étaient prêts à tout pour sortir de leur condition, y compris à basculer dans la violence. A l’instar de Yamazaki Mari dans Giacomo Foscari (éd. Rue de Sèvres, 2013), ils font appel à des personnages réels comme Mishima Yukio, Ôe Kenzaburô ou encore Kitano Takeshi pour crédibiliser davantage leur propos. Ils détournent également plusieurs faits divers marquants qui ont défrayé la chronique pour faire adhérer le lecteur à leur histoire. Ils s’intéressent notamment au vol de 300 millions de yens, la paie des ouvriers de Tôshiba, qui demeure un mystère 47 ans après et pour lequel les Japonais se passionnent toujours. Watanabe Jun avait déjà évoqué ce crime dans son excellent Montage (éd. Kana, 2013). Ici le scénario est plus original puisque le casse est imaginé par Kitano Takeshi que l’on connaît en France pour ses films de yakuza. Cette façon de jouer avec le réel et la fiction illustre l’ambition de ce manga qui se veut bien plus qu’une simple œuvre de divertissement. La présence de poèmes écrits par Ishikawa Takuboku, le “poète de la tristesse”, lui apporte une dimension littéraire qui tranche avec le reste de la production mangaesque. Si l’on ajoute le soin extrême apporté au dessin par Fujiwara Kamui qui a voulu “se rapprocher autant que possible du dessin traditionnel en employant la technologie numérique”, on se retrouve avec LE manga de la rentrée à ne pas manquer.
Odaira Namihei

 

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Référence :
Unlucky Young Men, vol. 1 de Fujiwara Kamui et Otsuka Eiji,
trad. par Sébastien Ludmann,
coll. Latitudes, Ki-oon, 19,90 €