Les filles font de la résistance

La création du premier club féminin de base-ball permet de combler un vide et de satisfaire de nombreuses envies.

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Umemura Hidetoshi et la capitaine de l’équipe Mano Mizuki à l’entraînement. ©Ishinomaki Hibi Shimbun

Si le base-ball est un sport très populaire au Japon, il reste un sport masculin et la gente féminine doit se contenter du soft-ball. Mais depuis quelques années, le base-ball féminin commence à gagner du terrain comme d’autres disciplines, comme le football et le rugby, pratiquées par un nombre croissant de femmes.
Cette année, la ville d’Ishinomaki a vu la naissance d’un club de base-ball féminin composé de collégiennes et de lycéennes. Contrairement aux régions du Kantô ou du Kansai, les régions du Tôhoku et de Hokkaidô sont très en retard dans ce sport féminin ; et il s’agit du premier club féminin pour les jeunes. En août dernier, si cette équipe n’a pas pu engranger une seule victoire lors de sa première participation au tournoi national, c’est avec joie et satisfaction que ses membres ont obtenu une reconnaissance du public et joué dans un cadre officiel. Les joueuses de base-ball féminin peuvent être fières de ce qu’elles ont apporté à toute la région sinistrée d’ishinomaki.
Connu sous le nom d’Ishinomaki Youth Sakura Girls Base-Ball Club, le club est composé de jeunes filles issues des lycées et collèges d’Ishinomaki, comme le lycée de Sakurazaka créé cette année de la fusion de tous les lycées publics féminins d’Ishinomaki qui avaient été détruits par le séisme. L’entraîneur se trouve être le responsable du club de soft-ball du lycée Sakurazaka, Umemura Hidetoshi ; le président et le conseiller est représenté par le directeur de la clinique dentaire, Mr Kimura Fumihiro.
Au nord du Japon, y compris la région du Tôhoku, les conditions n’ont jamais été très favorables pour que les filles pratiquent le base-ball et celles qui y jouaient à l’école primaire avec les garçons, devaient, au niveau du collège et du lycée, abandonner ce sport ou choisir à défaut le soft-ball. Elles avaient aussi comme solution, celle de déménager dans une autre ville pour pratiquer leur sport. Leur seul problème était d’être des “filles”. Pour pouvoir pratiquer le base-ball féminin, certaines filles ont été contraintes d’aller s’inscrire dans des lycées de la région de Tôkyô. La création de ce club féminin de base-ball constitue aussi un véritable espoir pour les filles du Tôhoku qui aiment ce sport et souhaitent simplement “pratiquer leur sport préféré”.

Une autre façon de redonner un peu de fierté dans la ville

La première capitaine du club, également capitaine du club de soft-ball au lycée Sakurazaka, s’appelle Mano Mizuki. Aujourd’hui en terminale, elle a commencé à jouer dans le club masculin quand elle était à l’école primaire et au collège. Elle occupait la position de lanceuse ou joueuse de champ extérieur, mais au collège, la différence musculaire avec les garçons l’a préoccupée. En entrant au lycée, elle a pensé se contenter du poste d’assistante au sein du club, mais l’envie de “continuer à jouer au base-ball” l’a poussée à s’inscrire au lycée public féminin d’Ishinomaki (actuel lycée Sakurazaka), réputé pour son club de soft-ball.
Umemura Hidetoshi, pour sa part, avait déjà participé quatre fois au tournoi national de base-ball féminin avec le club d’un autre lycée féminin de la ville. C’est sous sa houlette que le club avait déjà remporté le tournoi de soft-ball de la préfecture. Voilà pourquoi, toujours prise par ce désir de jouer au base-ball, Mano Mizuki s’est donc décidée à créer le club féminin de base-ball.
Cela faisait près de trois ans qu’elle n’avait plus joué au base-ball. En retrouvant son sport favori, son visage s’est de nouveau illuminé. “Cela me fait plaisir de retrouver cette petite balle de base-ball”, dit-elle. Son objectif est d’obtenir “une première victoire, puis, d’élever notre niveau pour gagner au niveau national, et populariser le base-ball féminin”.
Les joueuses viennent aussi d’autres lycées. Une élève qui avait joué au soft-ball au collège et remporté la victoire lors du tournoi préfectoral n’avait pas pu continuer à le pratiquer au lycée parce qu’il n’y avait pas de club. Elle est aussi très contente. “J’y avais renoncé, mais on m’a donné une seconde chance !”, raconte-t-elle.
Une autre fille a hésité. Sato Aya, en classe de première, occupait la position de meilleur frappeur du club de soft-ball au lycée Sakurazaka. Elle voulait partir pour rejoindre un lycée de Niigata disposant d’un club de base-ball féminin, mais elle n’a pas réussi l’examen d’entrée. “Les garçons sont avantagés. Moi aussi j’aime le base-ball”, affirme-t-elle. Elle s’en voulait de cette situation qui pénalise les filles. Puis elle s’est décidée à “se consacrer au soft-ball”. La possibilité de rejouer au base-ball la préoccupe un peu. “Je ne suis pas sûre de pouvoir jouer de nouveau au base-ball. Mes parents s’inquiètent aussi des risques de blessures. Mais au fond, je voudrais bien y jouer”, explique-t-elle.
Le jour du premier entraînement, il a plu et les joueuses ont dû s’entraîner à l’intérieur. Les parents d’élèves ont été ravis de voir leurs filles jouer au base-ball. Souriante, une mère raconte “combien elle était navrée de voir sa fille qui jouait au base-ball avec son frère depuis toujours, ne plus pouvoir participer au tournoi pour la simple raison d’être une fille. J’ai désormais hâte de la voir rejouer.” Après le premier entraînement, la capitaine Mano Mizuki nous confie qu’elle entend “faire évoluer le base-ball féminin de notre région” tandis que l’entraîneur Umemura Hidetoshi souligne son plaisir de voir “ce club rassembler des filles qui aiment le base-ball. C’est aujourd’hui que tout commence !”
Ohmi Shun