Livre : Le cinéma japonais pour les nuls

livreCe dictionnaire consacré aux cinéastes permet de découvrir la richesse et la variété du 7e art nippon.

Si vous êtes de ceux qui croient au Père Noël et qui lui adressent chaque année une missive avec la liste de vos envies, pensez à y inscrire le coffret que s’apprête à sortir Carlotta. Le distributeur a contribué depuis plusieurs années à assouvir notre faim de cinéma japonais, en particulier avec des films issus de sa plus belle période désignée par de nombreux critiques comme étant son âge d’or. Après nous avoir régalés avec la filmographie d’Ozu Yasujirô (voir Zoom Japon n°31, juin 2013), Carlotta s’est associé ces derniers mois avec Wild Side pour sortir en salles une grande partie de l’œuvre de Kurosawa Akira (voir Zoom Japon n°4, octobre 2010) dans des copies restaurées. Mais l’entreprise parisienne devait sans doute trouver cela encore insuffisant puisqu’elle s’est lancée dans une aventure ambitieuse en décidant de publier un dictionnaire des cinéastes japonais accompagné de six DVD de films “incontournables”.
Cet ensemble rassemblé sous le titre Coffret L’Âge d’Or du cinéma japonais 1935-1975 a été réalisé sous la direction de Pascal-Alex Vincent, auteur du formidable documentaire Miwa : à la recherche du lézard noir (2010). L’objectif avoué était de faire “un ouvrage consultable par tous”. Le contrat est, disons-le, réussi dans la mesure où chaque notice reflète la passion de chaque auteur pour le ou les cinéastes qu’il a choisi(s) de présenter “en toute subjectivité”. Après tout, le cinéma est une affaire de goût. En laissant ainsi s’exprimer en toute liberté les différents contributeurs, on obtient un ouvrage très varié et enrichissant. C’est tellement vrai que Kurosawa Kiyoshi (voir Zoom Japon n°30, mai 2013), invité à signer la préface de ce dictionnaire ne peut s’empêcher d’écrire : “Le nombre de noms propres rassemblés dans cet ouvrage est incroyable. Cela me laisse stupéfait. Où sont-ils allés en dénicher autant ?” Au total, ce sont 101 cinéastes qui ont été retenus par les 22 auteurs. Certains grincheux diront sans doute qu’il en manque et ils auront bien sûr raison. Toutefois, comme le remarque justement le réalisateur de Shokuzai (2012) dans sa préface “la plupart des gens, en France ou au Japon, connaissent sans doute moins d’une dizaine de réalisateurs japonais”. C’est donc à eux que cette somme de travail s’adresse avant tout. Ceux-là ne seront pas déçus, car à la lecture de chacune des 101 notices, ils découvriront des carrières incroyablement riches et bien souvent inédites en France. D’Adachi Masao, surtout célèbre pour ses collaborations avec Ôshima Nagisa et Wakamatsu Kôji, à Yuasa Noriaki qui créa le monstre Gamera, réponse de la Daiei au monstrueux succès de Godzilla produit par la Tôhô, on découvre ainsi l’incroyable variété du cinéma nippon dans ce dictionnaire qui accorde, c’est bien normal, une place importante aux grands réalisateurs. Si l’on peut avoir l’impression de déjà les connaître, la lecture des textes qui leur sont consacrés réserve parfois quelques surprises d’autant qu’à quelques exceptions près, il existe en réalité peu d’ouvrages en français sur des cinéastes aussi marquants que Kobayashi Masaki ou encore Mizoguchi Kenji.
S’il fallait apporter une critique à cet ouvrage, elle concernerait la rareté des illustrations. Il y a beaucoup de caractères et peu d’images. Et surtout, celles qui sont présentées manquent d’originalité. On aurait aimé que les photos sélectionnées soient plus représentatives de la diversité des cinéastes. Mais cela ne remet pas en cause la qualité intrinsèque de ce beau volume d’autant que les coûts de réalisation d’un tel ouvrage sont forcément élevés. Autre point discutable, le choix des 6 films qui accompagnent le dictionnaire. On peut se demander s’il était indispensable de proposer Voyage à Tokyo (1953) d’Ozu Yasujirô. Certes ce chef-d’œuvre considéré comme l’un des plus beaux (sinon le plus beau) film du monde mérite d’être vu, revu, etc., mais il aurait été plus intéressant de choisir une œuvre beaucoup moins connue du cinéaste ou bien décider de ne miser que sur des inédits. Sur les 6 DVD, seul Une Femme dans la tourmente (1964) de Naruse Mikio n’a jamais été édité en vidéo. Un réel effort à ce niveau aurait donné encore plus de force à ce coffret qui fera un excellent cadeau de Noël pour vous ou pour vos amis. Sortie le 14 octobre.
Gabriel Bernard

Références
Coffret L’Âge d’or du cinéma japonais 1935-1975, sous la direction de Pascal-Alex Vincent, Carlotta, 250 pages, accompagné de 6 DVD, 69,99 €.