Tout, tout sur les tattoos

Fidèle à son désir de mieux décrypter la culture japonaise, l’éditeur vient de faire paraître un excellent sur l’irezumi.

Le tatouage dans tous ses états. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon
Le tatouage dans tous ses états. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Depuis que Donald Richie a été le premier en 1980 à susciter l’intérêt des lecteurs occidentaux pour les tatouages japonais, de nombreux livres de qualité différente ont été publiés sur ce sujet. La plupart d’entre eux ont évidemment mis l’accent sur la beauté visuelle de l’irezumi traditionnel plutôt que sur le fond.
Puis, est arrivé Brian Ashcroft, un explorateur intrépide de la culture décalée nippone qui a déjà abordé des sujets passionnants comme les game centers et les écolières. En collaboration avec le tatoueur Hori Benny installé à Ôsaka, il a choisi d’expliquer “les principales images utilisées dans le tatouage au Japon afin d’éviter aux lecteurs de se faire tatouer des choses qu’ils ne comprennent pas ou, pire, qu’ils finiront par regretter.” Toutefois, le livre ne se limite pas qu’à cela dans la mesure où, pour expliquer l’iconographie du tatouage et la signification des principaux motifs qui sont habituellement tatoués sur les corps des gens, les auteurs se sont plongés dans l’ et la Culture japonaise avec un grand H et un grand C, pour proposer en définitive beaucoup plus que ce que le titre du livre laisse entendre.
Un autre point positif concernant ce livre, c’est que Ashcroft et Benny ont une approche rafraîchissante et ouverte sur le sujet. Ils sortent des sentiers battus du tatouage traditionnel et offrent au lecteur un large éventail du tatouage japonais. Le Japon est certes célèbre dans le monde entier pour ses justaucorps complexes, mais l’univers du tatouage nippon est beaucoup plus vaste que cette spécialité. Voilà pourquoi dans ce livre, vous trouverez aussi bien le classique tebori (tatouage à la main) que les tatouages de kanji (caractères chinois) à côté de dessins plus modernes, de motifs occidentaux et d’œuvres d’inspiration otaku.
Le livre commence par une introduction dans laquelle les auteurs présentent leur sujet, d’une manière vivante, évitant le style académique rébarbatif que l’on rencontre trop souvent dans ce genre de publication. Cela ne signifie pas pour autant que l’ouvrage n’est pas bien documenté. A partir de la signification du mot irezumi et d’autres termes que les Japonais utilisent pour évoquer le tatouage, les deux auteurs nous disent tout ce qu’il faut savoir sur la tradition du tatouage au Japon, sa relation avec la culture underground, et sa fusion en cours avec la culture pop, fournissant à chaque étape des images intéressantes pour illustrer les points abordés. En outre, tout au long du livre, nous trouvons des explications utiles sur les outils que chaque tatoueur utilise, l’évolution des règles et des réglementations ou encore les différents types de justaucorps, c’est-à-dire les tatouages recouvrant tout le corps.
Les autres chapitres se concentrent sur différents motifs de tatouage et leur signification pour la personne qui le porte. Les tatouages traditionnels japonais sont constitués d’un seul grand récit ou d’un sujet symbolique tiré de l’histoire du pays, des mythes et des légendes. Ils sont habituellement embellis avec d’autres éléments complémentaires que ce soit des caractères chinois, des fleurs, des animaux, des dieux ou des héros populaires. On nous explique pourquoi les gens choisissent certaines images et quelles sont les bonnes combinaisons (et pourquoi, dans de nombreux cas, les motifs centraux sont entourés par de l’eau ou des nuages). La partie que j’ai appréciée le plus sont les interviews. A la fin de chaque chapitre, nous trouvons des profils très intéressants de tatoueurs célèbres qui parlent de leur philosophie et de leur approche du tatouage. Elles sont accompagnées par des conversations avec des gens qui ont décidé de se tatouer, ce qui permet de saisir les motivations de leur choix.
Il est évident que dans un ouvrage consacré aux tatouages, les photos volent la vedette. Et à cet égard, il n’y a pas lieu d’être déçu. La qualité des 350 photos couleurs est plutôt élevée même si elles proviennent de sources différentes (la plupart d’entre elles ont été apportées par les tatoueurs eux-mêmes). S’il existe bien d’autres cultures du tatouage qui méritent une égale attention, il faut bien reconnaître que les tatouages japonais occupent incontestablement une place particulière dans le cœur de beaucoup de fans à cause de leurs significations puissantes et leur magnifique esthétique. Dans la tradition du travail bien fait de l’éditeur Tuttle, la maquette du livre est claire et très bien organisée. Le choix du papier plutôt brillant pour les pages est judicieux pour ce genre de publication où les images sont prépondérantes. Bénéficiant d’une solide reliure, l’ouvrage peut être manipulé en toute confiance, sans crainte de le voir s’abîmer.
J’ai vraiment apprécié ce livre. J’ai aimé son style clair et engageant, l’écriture des auteurs, la maîtrise de leurs connaissances, la présence de tatoueuses ainsi que tous les conseils pratiques pour les personnes qui voudraient franchir le pas et se faire tatouer. Si vous envisagez d’avoir un tatouage de style japonais, ce livre répondra à toutes les questions que vous pourriez vous poser. Mais même si vous n’avez pas de tatouages et aucune intention d’en posséder un, ce livre vous ouvrira des nouvelles perspectives sur un aspect souvent mal compris de la culture japonaise.
J. D.

références
Japanese Tattoos: History, Culture, Design, de By Brian Ashcroft and Hori Benny,>Tuttle, 2016, 160 pages, $17.95.

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