Récit : Retour aux sources pour Yamazaki

Casterman publie les deux premiers volumes de Pline, la nouvelle série événement de l’auteur de Thermae Romae.

Pour sa nouvelle série, Yamazaki Mari a choisi de collaborer avec Tori Miki qui s’est chargé des décors. / Mari Yamazaki – Tori Miki / Casterman 2017

Célèbre dans le monde entier pour Thermae Romae (éd. Casterman), Yamazaki Mari revient à ses premières amours romaines en s’associant avec l’auteur de manga de science-fiction Tori Miki pour créer Pline. Il s’agit d’un manga qui porte sur Pline l’Ancien, savant romain auteur de Histoire naturelle qui constitue la somme de données la plus importante de l’Antiquité. Publié sous forme de feuilleton dans le mensuel Shinchô 45 depuis janvier, les deux premiers volumes paraissent aujourd’hui en France.

Pourquoi avez-vous choisi Pline l’Ancien comme sujet de votre nouveau manga ?
Yamazaki Mari : Je savais que je voulais aborder à nouveau la Rome antique. C’était une évidence pour moi alors que je travaillais encore sur Thermae Romae. Mais cette fois, je voulais dresser un portrait précis de la vie dans la Rome antique. C’est alors que j’ai réalisé qu’en me concentrant sur Pline l’Ancien, je serais capable de présenter un côté différent de la vie romaine. Chaque fois que j’aborde la culture romaine, je ne peux m’empêcher de la comparer au Japon. L’Italie et le Japon ont une chose en commun : les catastrophes naturelles. Aussi Pline l’Ancien qui a étudié les tremblements de terre et les volcans m’est apparu comme le protagoniste idéal pour cette nouvelle série.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez voulu travailler encore avec Tori Miki ?
Y. M. : C’est vrai que Tori-san en sait beaucoup sur les séismes. Je pense qu’il n’existe aucun autre mangaka qui en connaisse autant que lui sur le sujet. Je me suis dit qu’il serait en mesure de restituer le sentiment de peur et la manière de réagir face à des catastrophes naturelles.

Les scènes où les bâtiments s’effondrent et les gens courent pour sauver leur vie sont assez effrayantes. Je suis sûr que cela a rappelé à tout le monde les événements du 11 mars 2011. Étiez-vous consciente dès le début que cette histoire aurait des liens aussi forts avec l’histoire récente du Japon ?
Y. M. : Oui. A première vue, il n’est pas évident pour un Japonais de se trouver une quelconque affinité avec la Rome antique. Mais à bien y réfléchir, on peut trouver plusieurs points communs comme le bain ou les caprices de la nature. Une fois que les lecteurs ont établi ce lien, il leur est plus facile de combler les différences et de se sentir plus proche du sujet.

Dans le dialogue inclus dans le premier tome de Pline, vous expliquez que le naturaliste romain peut être comparé à Minakata Kumagusu, biologiste et naturaliste du début du siècle dernier, qui était célèbre pour être un excentrique de génie.
Y. M. : Tous deux étaient des hommes étranges qui ne suivaient pas les règles établies. J’aime ça car un être ordinaire aurait sans doute fait un protagoniste ennuyeux. En ce sens, Pline l’Ancien était ce que je recherchais. Un aspect intéressant de son travail est que parallèlement à l’énorme travail scientifique de son Histoire naturelle visant à couvrir toutes les connaissances anciennes qui est devenu un modèle pour les encyclopédies plus tard, on trouve un grand nombre de sujets étranges. Ils n’ont rien à voir avec la science, comme les animaux mythiques (comme les licornes et les dragons) et les phénomènes bizarres. J’étais curieuse de voir comment Tori-san rendrait ces éléments sur le papier. En réalité, on sait très peu de choses à propos de Pline l’Ancien. Cela nous a donné l’idée de développer le côté fictif de l’histoire en la rendant ainsi plus intéressante. Pline a également vécu pendant une période intéressante de l’histoire romaine avec quelques incidents spectaculaires comme l’éruption du Vésuve ou le grand incendie de Rome et d’autres événements importants comme la persécution contre les chrétiens. Vous devez savoir qu’il a vécu sous l’empereur Néron toujours dépeint comme un tyran qui a persécuté les chrétiens. Ce contexte est présent dans notre travail, mais nous avons pensé qu’il y avait la possibilité de le représenter autrement. C’est ce que nous avons fait.

Vous avez choisi une nouvelle fois de vous concentrer sur la vie d’un homme.
Y. M. : En effet. On me demande souvent pourquoi je n’ai jamais dépeint un personnage féminin, mais le fait est que je trouve cela très difficile. Je suis plus à l’aise avec les hommes. J’aime particulièrement dessiner les hommes âgés, car c’est plus intéressant de représenter toutes leurs rides. J’aime aussi les histoires sur des scientifiques, des inventeurs ou des ingénieurs un peu fous. C’est peut-être lié au fait que j’ai toujours été entourée par des gars un peu bizarres (rires).