Innovation : Des étoiles plein la tête

Le patron de PD Aerospace n’a jamais abandonné ses rêves d’enfant. / Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

C’est pendant ses études à Sendai qu’il a trouvé l’idée qui deviendra le noyau dur de son futur projet, la ressemblance momentanée entre le pulsoréacteur et le moteur fusée au moment où le carburant s’enflamme dans le second. En effet, l’un des plus gros défauts des moteurs de fusées, utilisés dans la plupart des navettes spatiales et dont la structure ressemble à celle du pulsoréacteur, est l’oxydant qui sert à provoquer l’inflammation dans la chambre de combustion. “C’est tout simplement très lourd, alors qu’il faut que ce soit le plus léger possible pour abaisser le coût”, affirme Ogawa Shûji. Le poids de la navette, c’est la question clé qui taraude les ingénieurs. Par exemple, Virgin Galactic, une start-up américaine, a conçu un avion qui amène une navette spatiale jusqu’à 15 000 mètres avant que celle-ci démarre grâce son moteur-fusée. Un moyen donc qui évite à la navette de transporter du combustible pour le décollage. “Mais cela suppose un coût d’entretien pour les deux appareils, l’avion et la navette”, note le patron de PD Aerospace. Le pulsoréacteur, contrairement au moteur-fusée, utilise l’air comme oxydant. Son idée est donc de créer un moteur qui cumule les caractéristiques des deux types de réacteurs. “Et si on remplissait l’oxydant partiellement par de l’air ?, me suis-je demandé”. Un moteur possédant deux moyens de propulsion et s’alimentant à la fois avec de l’air et de l’oxydant, telle est l’idée que personne d’autre qu’Ogawa Shûji n’avait jamais eue. Il la fera breveter en 2012.
La navette dotée de cet équipement spécial décollera donc à l’aide du moteur à détonation pulsée (moteur fonctionnant avec le même principe que le pulsoréacteur mais plus puissant) jusqu’à 15 000 mètres avant de voler avec de l’oxydant dès que l’air se raréfie. Pour le retour, il suffit que la navette fasse la même chose mais en ordre inverse. “A ce jour, Virgin Galactic estime qu’un dans l’espace coûte 250 000 dollars par personne. Nous croyons que c’est possible de le baisser de 45 %”, avance-t-il.
Rendre l’espace accessible à tout le monde, ce ne serait en effet que le premier pas pour Ogawa Shûji, qui vise plus loin. Avec son moteur, il veut rendre sûr l’accès à l’espace pour que “les gens y voyagent librement”, ce qui ouvrirait la grande ère de l’exploitation spatiale. De l’installation de centrales solaires dans l’espace à la création d’un système de surveillance météorologique, en passant par le concept du “mariage dans l’espace” et le développement d’un mode de ultra-rapide grâce au vol suborbital, le potentiel du moteur d’Ogawa Shûji est énorme. C’est cette vision si excitante qui le pousse à quitter Mitsubishi pour créer PD Aerospace en 2007. “J’ai vu à la télé la start-up américaine Scaled Composites remporter le célèbre Ansari X Prize” se souvient-il. “J’avais les idées et l’expertise nécessaire. Je me suis dit que je pourrais faire comme eux.”

Son objectif est de faire un premier vol d’essai en 2020 pour les Jeux olympiques de Tôkyô. / Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon