Série : Un livre pour ne jamais oublier

Un témoignage conçu et réalisé par les collégiens et les lycéens de la ville. / Yamaguchi Hiroshi

“Au début, je n’imaginais pas que l’on puisse en arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Je me rends compte que l’on en avait la capacité et la volonté. Nous tenons à remercier tous les professionnels pour leur aide concernant les questions techniques et tous les autres qui nous ont soutenus d’une façon ou d’une autre. Car pour certains, ce n’était pas facile de participer au projet en dehors de la vie scolaire”, confie Suzuki Ami, l’une des membres de ce projet. Ce fut le cas de Suda Miki qui regrette. “Au lycée, je n’ai pas dû être très disponible à cause des activités extrascolaires”, déclare-t-elle. Mais elle n’en reste pas moins déterminée. “Après cette publication, nous continuerons. Le plus important maintenant est de trouver les moyens de transmettre ces témoignages à un maximum de gens. Je n’ai pas été un membre très actif au lycée, mais désormais, je le serai davantage”, affirme-t-elle.
Le livre regorge d’émotions. Il s’agit bien d’un “document” vivant. “J’ai hâte de savoir comment les gens vont appréhender le livre”, lance Suzuki Ami. Suda Miki exprime son souhait en ces termes : “C’est le document du séisme vécu, exprimé avec nos propres mots. Un grand merci à tous ceux qui nous ont soutenus et encouragés que ce soit au Japon ou dans le monde entier. Je voudrais insister pour que le livre soit lu par tous ceux qui n’ont pas été touchés par le sinistre”.
Cinq années se sont écoulées entre la conception et la publication. Ce livre, de 63 pages au format B5, est divisé en quatre sections correspondant aux matières scolaires. Dans la section sciences sociales, trois plans contre les tsunamis sont proposés. 1) Renforcement des liens entre les personnes ; 2) Réaménagement de la ville pour faciliter l’accès aux sites en hauteur ; 3) Conservation de documents d’archives. Dans la section scientifique, on y voit une explication détaillée des mécanismes sismiques. Et dans la section éducation civique, on y décrit le jour du séisme avec ses propres mots en dissertant sur l’importance de la vie, du quotidien, illustré avec de vraies histoires et l’expression de sentiments très personnels. Ils ont également mentionné un autre projet conçu par les jeunes, “le Projet du monument pour la vie”, qui consisterait à ériger un mémorial en pierre dans les vingt-et-un quartiers de la ville touchés par les tsunamis. Le livre est ainsi digne d’être un “document d’archives” qui protège la vie des habitants pour les mille ans à venir. Le livre tiré à 300 exemplaires à compte d’auteur sera distribué dans les écoles primaires et les collèges de la ville d’Onagawa.
Les jeunes gens se sont efforcés de “raconter avec leurs propres mots” leurs expériences indescriptibles du séisme. Chaque mot pèse, sous l’écriture des gens qui ont pris conscience de “l’importance de la vie”. On y découvre à quel point le “quotidien paisible” sans catastrophe est une chose extraordinaire, et combien il est merveilleux de pouvoir vivre pleinement l’instant présent… Ainsi, ces jeunes nous confient leur détermination à continuer leur activité de transmission. “Cette publication n’est pas une fin, mais un début. Tout cela n’a de sens que si l’on parvient à protéger la vie pour les mille ans à venir”, disent-ils avant que SUDA Miki ajoute: “il nous reste encore tant de choses à faire.”
Yamaguchi Hiroshi