Ecolo : Celui qui s’intéresse aux hommes

Shiraishi Kazufumi porte un regard volontiers critique sur la façon dont son pays s’est transformé.

Son passage dans la quarantaine a été déterminant pour son travail d’écrivain. / Benjamin Parks pour Zoom Japon

L’année dernière, l’éditeur américain Dalkey Archive Press a publié la traduction anglaise de Kono yo no zenbu o tekini mawashite (Me Against the World, trad. par Raj Mahtani, inédit en français), œuvre du célèbre écrivain japonais et lauréat du prix Naoki, Shiraishi Kazufumi. Le livre est une collection de ruminations philosophiques sur la nature de l’existence par un homme d’affaires de 53 ans (un certain Monsieur K.) qui, avec une honnêteté inflexible, regarde notre destin de mortel et nos nombreuses fautes, son rejet apparent de l’humanité cache en réalité un désir de la sauver de lui-même.
La littérature et l’écriture sont une affaire de famille chez les Shiraishi, car son père Ichirô et son frère jumeau Fumio sont des romanciers reconnus. Kazufumi et son père sont d’ailleurs la seule paire père-fils à avoir chacun remporté le prestigieux prix Naoki. Pendant son enfance, Shiraishi Kazufumi a été un lecteur avide et plus tard, il s’est particulièrement intéressé aux romanciers et aux philosophes occidentaux tels que Sartre, Camus, Gide, Tolstoï et Dostoïevski. “Je suppose que le travail de mon père a aussi eu une grande influence”, concède-t-il. “J’ai commencé à écrire après avoir terminé le lycée. À partir de ce moment-là, je pensais qu’un jour je deviendrais un écrivain moi-même. Pourtant, après avoir obtenu mon diplôme universitaire, j’ai d’abord trouvé un emploi en tant que journaliste”.
Publié à l’origine en 2008, Kono yo no zenbu o tekini mawashite est tout à fait différent des autres œuvres de Shiraishi Kazufumi, qui, pour la plupart d’entre elles, sont des histoires pleines de rebondissements, illustrant souvent la vie de personnes privilégiées qui occupent des postes importants dans de grandes entreprises. “Beaucoup de gens finissent par travailler pour ces grandes organisations. Ils sont aspirés par leurs rouages et par les luttes de pouvoir. Ils finissent par perdre le contact avec eux-mêmes. Quand je travaillais en tant que journaliste, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux politiciens et d’autres personnes qui évoluaient dans de telles entreprises. C’est comme ça que j’ai développé un intérêt pour leur vie. Comment réagissent-ils face à la pression, à la jalousie et aux convoitises si répandues ? Sont-ils en mesure de retrouver leur véritable personnalité ? Où trouvent-ils la force de continuer ? Autant de questions qui ont inspiré mes premiers romans”, explique l’écrivain.
Au cours des dernières années, Shiraishi Kazufumi s’est éloigné de ces histoires pour aborder plus directement certains des grands problèmes qui l’intéressent tout particulièrement, comme l’amour, la mort et la place de l’humanité dans le monde. “Quand je regarde en arrière et je me plonge dans mes premiers livres, j’ai l’impression de regarder un autre écrivain”, confie-t-il. “J’ai commencé à remettre en question les fondements de mon écriture après avoir décidé d’abandonner ma carrière de journaliste. Je me suis demandé ce que j’essayais d’accomplir, ce que je cherchais. Je me suis interrogé pour savoir si d’autres personnes avaient envie de connaître les mêmes choses jusqu’au moment où je me suis rendu compte que tout le monde, indépendamment de son origine culturelle ou de sa nationalité, partage fondamentalement les mêmes intérêts et les mêmes problèmes.”