Série : L’envie de vivre ne se fane pas

Peu enclin à reprendre la boutique de ses parents, le jeune Oka Yasufumi est pourtant devenu fleuriste.

Oka Yasufumi se sert des fleurs pour redonner des couleurs à la région. / Ishinomaki Hibi Shimbun

Depuis le séisme du 11 mars 2011, la région d’Ishinomaki avait perdu toutes ses couleurs. Si la nourriture, les vêtements et le couvert sont indispensables pour vivre, on s’est rendu compte de l’importance d’autres éléments vitaux pour conserver notre sérénité. Originaire du quartier d’Inai, à Ishinomaki, Oka Yasufumi est revenu travailler dans le magasin familial de fleurs Hanaki après la catastrophe. Il n’avait jamais imaginé “reprendre ce travail”, mais… à présent, c’est devenu son métier. Il multiplie ainsi les activités qui donnent des couleurs à notre région.
Dans sa jeunesse, il était toujours resté très discret sur le métier de ses parents qui étaient fleuristes. “Les fleurs, c’est un truc de filles ; j’avais honte…”, se souvient-il. Ce sentiment de honte l’avait poussé à s’inscrire au lycée professionnel d’Ishinomaki. Mais en terminale, il avait dû affronter la réalité. Après moult cogitations et réflexions, il s’est résolu à suivre les pas de ses parents. “Le magasin allait devoir fermer si je ne le reprenais pas”, se souvient-il. “Va pour la boutique de fleuriste, mais en tant que chef d’entreprise”, a-t-il décidé. Il s’est alors inscrit à la faculté des sciences économiques et administratives de l’université de Gakuin. Après son diplôme, il a voulu “quitter Ishinomaki où le magasin familial lui paraissait une solution de facilité”. C’est pourquoi il a décroché un emploi chez une fleuriste à Tôkyô, spécialisée dans les fleurs de mariage. Après y avoir travaillé sérieusement pendant six ans, il a donné sa démission en février 2011 pour partir travailler chez une autre fleuriste. Après le séisme de mars, de retour à Ishinomaki, il a retrouvé la boutique familiale complètement inondée. Alors il a décidé d’y revenir une fois restaurée.
“Je me trouvais à Tôkyô au moment de la catastrophe. Je n’imaginais pas ce que les gens de la région avaient pu endurer et il m’était impossible de parler du séisme”, reconnaît-il pour justifier l’embarras dans lequel il se trouvait alors. Mais en participant au “Projet de reconstruction d’Ishinomaki” créé par des personnes originaires d’Ishinomaki qui résidaient à Tôkyô, et en suivant ce qui se passait à Ishinomaki “en temps réel”, quelque chose a changé en lui. “On ne peut pas revenir en arrière. Je ne pourrai jamais savoir ce qui s’est vraiment passé. Mais en revenant maintenant à Ishinomaki, je pourrai faire savoir comment se déroule la reconstruction”, s’est-il alors dit.
En juillet 2012, Oka Yasufumi a fini par rejoindre la boutique familiale. Pendant ces quatre années, en plus de son métier de fleuriste, il a multiplié diverses activités en rapport avec la région : organisation d’événements musicaux, création d’une association artistique “Makithing”, participation au projet “Wedding à Ishinomaki” dont les jeunes membres organisent des cérémonies de mariage. Pour ce qui est de son travail de fleuriste, il note que “les fleurs créent un lien entre celui qui les offre et celui qui les reçoit. On peut mener une vie sans fleur, mais la vie semble plus riche au contact des fleurs. Dans la joie comme dans la tristesse, les fleurs vous accompagnent tout au long de votre vie sentimentale.”
Actuellement, il travaille comme le “fleuriste que je ne voulais pas devenir !”. Pour lui, l’important est de s’adapter avant de se plaindre de l’environnement. “La tâche de notre génération est de montrer à celles qui nous succéderont les possibilités qu’offre Ishinomaki”, assure-t-il. Voilà les possibilités qu’il tente de faire éclore une à une… en rêvant à la reconstruction de sa région natale.
Ohmi Shun