La famille fait son cinéma

D’Ozu à Kore-Eda, les histoires familiales passionnent les cinéastes nippons qui en ont fait des chefs-d’œuvre.

Kore-Eda Hirokazu est sans doute celui qui parle le mieux de la famille japonaise aujourd’hui comme ici dans Still Walking (2008). / Pyramide Distribution

Le cinéma japonais est surtout connu à l’étranger pour ses films de genre comme les longs métrages de samouraï, d’horreur ou de monstres. Chacun d’entre eux a eu son heure de gloire dans l’archipel en fonction des époques, mais il est un genre qui a toujours prospéré, à l’exception peut-être des révolutionnaires années 1960, c’est le drame familial. Une sorte de sous-genre du shomingeki (drame des gens ordinaires) dont les histoires ont été traitées avec des succès extraordinaires par certains des meilleurs réalisateurs nippons. Parfois, il peut s’agir de comédies enlevées, mais la plupart du temps, nous avons affaire à des histoires douces et discrètes caractérisées par un style minimaliste, une grande attention aux détails et une action accomplie.
Avec tant de beaux exemples à choisir, la tâche de résumer plus d’un siècle d’histoire du cinéma en un court article est, à bien des égards, impossible. Les œuvres d’Ozu Yasujirô à elles seules suffiraient à couvrir le sujet ; ou l’on pourrait confronter Ozu à Kore-Eda Hirokazu, sans doute le meilleur représentant du genre au cours des 15 dernières années. Au lieu de cela, nous avons choisi de vous donner un aperçu plus diversifié, en mettant de côté les choix les plus évidents comme, par exemple, Voyage à (Tôkyô monogatari, 1953) et d’autres chefs-d’œuvre des années 1950, pour montrer comment le genre a évolué avec la société japonaise. Et pour une fois, nous avons laissé de côté l’anime.
Bien que certains des films les plus connus d’Ozu portent sur les familles élargies, le cinéaste a également exploré la lutte des parents isolés élevant seul leur enfant dans des situations économiques difficiles. Parmi eux, on peut citer Il était un père (Chichi ariki, 1942). Tout à fait unique dans la filmographie du maître d’Ôfuna pour son ton politique manifeste, il s’agit de l’histoire d’un maître d’école secondaire veuf (Ryû Chishû) qui tente d’élever son fils selon les enseignements éthiques et la propagande patriotique de l’époque. Le Japon était en guerre, et le meilleur message moral du père impliquait que l’Etat (symbolisé par l’empereur) avait toujours raison. L’accent mis sur le stoïcisme et le sens du devoir qui annihilent toutes les considérations personnelles finissent par amener le père à sacrifier la proximité et la chaleur des liens familiaux, ce qui en fait l’un des exemples les plus déchirants d’amour paternel mal exprimé. La scène finale aigre-douce, avec le fils et sa mariée qui prennent le train pour rentrer chez eux avec les cendres de son père dans une urne, souligne le gâchis d’une vie séparée l’un de l’autre. Ozu lui-même a été obligé de passer ses années d’adolescence loin de son père, mais à la différence du fils dévoué dans ce film, il a passé plus de temps au cinéma qu’à l’école et a finalement été expulsé de l’internat.