Surprise : De l’importance du lien

L’un des maîtres de la science-fiction a choisi d’aborder avec brio la question de la famille.

Kamiyama Kenji s’est emparé du thème de la famille de manière inattendue. / Benjamin Parks pour Zoom Japon

Les fans d’anime de science-fiction connaissent très bien le réalisateur Kamiyama Kenji. Il a notamment travaillé sur plusieurs projets populaires liés aux sagas Patlabor et Ghost in the Shell, en plus d’avoir dirigé des films de science-fiction comme 009 Re:Cyborg. Cette fois, Kamiyama a quelque chose de très différent à offrir à ses fans. Après un premier travail original, Eden of the East (2009, Kaze), qui lui avait valu un emballement de la critique, son nouveau film, Hirune Hime, rêves éveillés, est une histoire qui mélange avec succès les robots habituels avec des éléments fantastiques traditionnels tout en explorant la valeur durable des liens familiaux. Zoom Japon l’a rencontré à Tôkyô après son retour du New York Children’s Film Festival.

Les gens vous connaissent comme créateur d’anime de science-fiction. Cette fois-ci, vous avez mélangé des robots et des gadgets hi-tech avec des éléments de type fable. Il y a, par exemple, une princesse capable de coder, et des mecha (robots géants) dont les pilotes doivent pédaler comme des fous pour les faire bouger. Pourquoi avez-vous réuni ces éléments apparemment disparates ?
Kamiyama Kenji : Je voulais faire quelque chose de différent, une sorte de film familial avec un léger sentiment pop. En fait, lorsque j’ai pensé imaginer à ce film, l’un des producteurs m’a demandé d’imaginer quelque chose qui pourrait être un message à ma fille. Cette approche était tout à fait nouvelle, même si dans Eden of the East, j’avais déjà ajouté une touche comique qui était absente auparavant.

Comment vous est venue l’inspiration pour cette histoire ?
K. K. : J’ai une fille qui a maintenant 16 ans, mais quand elle avait environ trois ans, je lui racontais une histoire pour l’endormir tous les soirs. Je commençais par une fable traditionnelle, puis je prenais une tangente et j’ajoutais des extraits d’émissions d’anime ou de télévision, créant ainsi une histoire originale pour elle. Je me suis rappelé combien cela lui faisait plaisir en travaillant sur ce film et j’ai utilisé cette expérience comme un élément. Une autre source d’inspiration a été Big Fish de Tim Burton. Le garçon du film ne croit à aucun des grands contes que lui dit son père, mais à la fin, ils se révèlent tous vrais.

Que pense votre fille de votre travail ?
K. K. : Pendant de nombreuses années, j’ai fait des films de science-fiction plutôt pour les adultes qu’elle n’a pas vraiment aimés. Elle était probablement trop jeune pour comprendre, mais quand elle a vu Hirune Hime, rêves éveillés, elle a semblé l’apprécier. Je suppose qu’elle a mieux compris le genre de travail que je faisais. Personnellement, je ne crée jamais quelque chose spécifiquement pour ma famille, mais j’étais heureux quand ma fille a relevé un détail que j’avais inclus dans l’histoire. Dans l’un des flashback du film, vous pouvez voir la protagoniste, Kokoné, avec un randoseru bleu clair (cartable qui a une forme caractéristique arrondie et dont les couleurs traditionnelles sont le rouge et le noir). Un jour, j’ai reçu un message de ma fille. Elle a dit qu’en regardant le film elle avait noté que c’était exactement le même randoseru qu’elle avait à l’époque. J’ai été très content qu’elle le remarque.

Pensez-vous que Kokoné-san a le même caractère que votre fille ?
K. K. : Pas vraiment, mais ce sont deux filles faciles à vivre qui aiment beaucoup dormir et suivre leur propre rythme.

Comment avez-vous créé ce personnage ?
K. K. : Toutes les héroïnes que j’ai créées jusqu’à présent sont des femmes d’action fortes. J’ai commencé à me demander quel genre de personne elles pourraient être si elles n’étaient pas des guerrières, mais des adolescentes ordinaires. Cela a été mon point de départ. A partir de là, j’ai progressivement bâti le personnage, en gardant à l’esprit l’idée d’une jeune fille qui, tout en étant juste une lycéenne, montrerait, le cas échéant, la capacité d’agir.

Un autre facteur de nouveauté dans ce film c’est vous qui avez également écrit l’histoire originale, n’est-ce pas ?
K. K. : Oui, je travaille habituellement à partir d’un manga existant, en me concentrant d’abord sur la définition des personnages. J’ai fait de même avec Eden of the East même si c’était mon histoire originale. J’ai d’abord envisagé les deux héros, Takizawa Akira et Morimi Saki – leur vie, leurs habitudes et leurs amis – et ensuite développé leur univers. Cependant, cette fois, j’ai commencé par l’intrigue et j’ai ajouté les personnages plus tard.