Solidarité : Dandan ou les enfants d’abord

“L’âge des enfants varie de 0 à 15-18 ans, mais on a beaucoup de jeunes mères qui viennent avec leurs petits”, explique Kondô Hiroko. Force est de constater que, les inégalités sociales qui ne cessent de croître dans la société frappent surtout les familles monoparentales, essentiellement constituées par des mères et leurs enfants, dont le taux de pauvreté dépasse même les 50 %. “Je n’ai pas créé cette cantine uniquement pour les petits”, fait-elle valoir. “La cantine se veut aussi être le centre d’un réseau d’entraide local dans ce quartier, et mon but est de montrer que, même si on n’a pas d’argent, en s’aidant les uns les autres, on peut toujours s’en sortir.” Ainsi, des personnes âgées fréquentent aussi Dandan, et parlent avec des petits “comme s’il s’agissait de leurs petits-enfants”. Dans ce pays vieillissant, la pauvreté frappe également les personnes ayant plus de 65 ans – le taux de pauvreté frôle les 20% dans cette tranche – et de plus en plus d’entre eux – surtout ceux qui vivent seul – meurent dans la solitude, kodokushi [mort dans la solitude] comme on dit dans l’archipel. On en recense 30 000 par an au niveau national. “Ils se sentent très seuls, explique Kondô Hiroko. Mais parler de la solitude à la famille n’aide pas forcément à régler la situation. Ils viennent donc ici et passent du temps avec nous. Comme ça, ils se prennent moins la tête.”
Katagiri Yukako, femme au foyer d’une quarantaine d’années, travaille comme bénévole pour Kondô Hiroko depuis un an. Elle a connu cette initiative par un reportage télé, “et il se trouvait que j’habite très près”, rit-elle, pétillante. “Moi aussi j’ai un garçon et je sais combien il est dur d’élever des enfants. J’ai toujours voulu aider les autres parents, c’est comme ça que je suis venue ici”, se rappelle-t-elle en découpant des légumes. “Je pense que c’est une belle initiative, je vois les mamans décompresser et les enfants parler et jouer avec des personnes qu’ils n’ont pas l’occasion de rencontrer à l’école”, ajoute-t-elle.
Comme elle, la plupart des bénévoles ont connu cette initiative par les médias, qui en parlent régulièrement. Cette visibilité permet également à Kondô Hiroko de recevoir des dons. Chaque semaine, elle reçoit ainsi de nombreux colis remplis de légumes et de fruits.
Les garçons de l’école primaire ne viennent toujours pas, mais des mamans commencent à se montrer. Le repas, constitué de quatre ou cinq petits plats équilibrés et de riz, est improvisé chaque jeudi par les bénévoles “avec des choses qu’on a dans la cantine” comme dit la responsable des lieux. “Aujourd’hui, un ami nous a offert une pastèque, on a donc un dessert ce soir !” lance gaiement Katagiri Yukako à une maman. “Je viens ici presque chaque semaine depuis deux ans”, confie cette maman qui a amené sa petite fille de quatre ans. “Mon mari ne rentre que très tard le soir et d’habitude je mange seulement avec ma fille. Mais quand on vient ici, c’est beaucoup plus gai, ma petite l’adore. Elle a appris le mot “Dandan“ et elle me répète : “jeudi, on va à Dandan.”
“Parfois, des gens n’aiment pas que les enfants fassent du bruit et courent partout. Mais ici, il n’y a pas de souci”, dit une autre, qui est venue avec sa fille de trois ans et demi. Pour elle qui est célibataire, la quasi gratuité de la cantine est un argument très important aussi. “Et puis, je ne peux pas préparer un repas aussi varié et équilibré chaque soir après le travail !” poursuit-elle. Ces mamans, les principales clientes du soir, arrivent les unes après les autres et discutent entre elles en riant, tandis que Kondô Hiroko et les bénévoles parlent et jouent avec leurs enfants. La petite cantine étant enfin animée par une quinzaine de personnes, l’ambiance est à la fête, on se croirait presque dans un dîner d’une famille nombreuse.