Cinéma : La très belle leçon de vie

Si Hirayanagi Atsuko n’avait exploré que cette perspective, sans doute aurions-nous obtenu un énième film sur ce Japon inhumain où tout est bon pour y échapper. Mais la jeune réalisatrice, qui a elle-même réussi à trouvé une alternative en s’installant aux Etats-Unis, a choisi de montrer qu’il existe au fond de chaque être suffisamment d’énergie pour échapper à un destin somme toute tragique que l’on soit vivant ou mort. En effet, avec son film, Hirayanagi Atsuko règle quelques comptes avec son pays natal. Elle porte un regard sans concession sur le monde de l’entreprise dominé par les hommes et à l’intérieur duquel les femmes doivent accepter de jouer le jeu ou d’en être exclue. A la différence de ses collègues, Setsuko a choisi le silence et le repli sur soi plutôt que de faire semblant. “Le Japon n’est pas un pays où il fait bon vivre. Il n’est pas facile d’en échapper. Et souvent, la seule façon d’y parvenir est de se donner la mort. Si je n’avais pas moi-même réussi à en partir lorsque j’avais 17 ans, j’aurais probablement été malheureuse de ne pas pouvoir utiliser mon énergie comme je le souhaitais. Je crois que chaque être possède une énergie qu’il veut développer. Mais il y a tellement de pression dans la société japonaise pour la contenir que cela peut devenir parfois très violent. Le suicide est une forme de violence extrême. J’ai été moi-même témoin du suicide d’une jeune fille lorsque je vivais à Singapour et aujourd’hui encore je le ressens comme un acte d’une extrême violence. C’est pourquoi j’ai aussi cherché à montrer qu’il existait d’autres issues, notamment pour Setsuko”, confie Hirayanagi Atsuko. Mais ce n’est pas facile pour cette dernière d’autant plus qu’elle est seule et que ses rapports avec sa famille sont compliqués, en particulier avec sa sœur.

Mika tente de convaincre sa tante de lui “racheter” ses cours d’anglais. / Nour Films

La seule personne qui trouve grâce à ses yeux est sa nièce Mika qui, à sa manière, lui ressemble dans le sens où elle ne veut pas se cantonner à une vie médiocre. Elle ne travaille d’ailleurs pas dans un bureau, mais dans un de ces cafés où les serveuses sont vêtues comme des soubrettes. Elle a aussi entrepris de prendre des cours d’anglais, une manière de s’évader, et elle propose à sa tante de lui “racheter” ses cours car elle a besoin d’argent. Elle accepte et le premier cours auquel elle assiste est une sorte de révélation pour elle. Pour la première fois de sa vie, elle est une autre – elle devient Lucy – et surtout, on l’encourage à utiliser l’énergie qui est en elle pour s’exprimer autrement. Mais lorsque son professeur John quitte le Japon avec Mika, Setsuko alias Lucy ne le supporte pas et décide de ne pas laisser passer l’occasion. Elle part à sa recherche aux Etats-Unis en compagnie de sa sœur avec cet espoir, sans doute un peu fou, de pouvoir utiliser justement toute l’énergie qui est en elle et qu’elle commençait à peine à pouvoir exprimer dans ces cours d’anglais pas comme les autres. D’ailleurs, lorsqu’elle assiste à la première leçon donnée par la remplaçante de John, Setsuko la quitte avec éclats. Elle a l’impression de faire marche arrière. Et ça, il n’en est plus question.