Culture : Chanter pour mieux exister

Les Yano Brothers ont connu des hauts et des bas depuis leur arrivée dans l’archipel.

Michael, David et Sanshirô Yano ont galéré avant de pouvoir être reconnus. / Itô Aisuke pour Zoom Japon

Yeux bridés et dreadlocks, Michael Yano fait son entrée en chantant “I’m an African in Japan”, version personnalisée de “I’m an Englishman in New York” de Sting. “C’est le thème de votre reportage n’est-ce pas ?” rit-il. Dans ce café de Shinjuku, le quartier des gratte-ciel de Tôkyô, son teint très basané et son allure nonchalante détonne avec le reste de la clientèle japonaise. Normal, Michael est de père japonais et de mère ghanéenne, autrement dit un “ovni” au Japon. A 38 ans, il est l’aîné de deux frères également nés au Ghana, qui lui ressemblent mais chacun avec un style différent. Sanshirô, 33 ans, est le plus typé asiatique mais avec une coupe afro, tandis que David, 36 ans, avec sa moustache et son bouc soigneusement coupé pourrait passer pour un Indien ou un Yéménite.
A eux trois, ils ont formé les “Yano Brothers”, un trio qui chante l’amour, l’unité mais aussi la discrimination. Car la route a été longue jusqu’à ce qu’ils puissent s’exprimer à travers leurs racines afro-japonaises, une identité qu’ils ont appelée ‘jafrican”. “Nous avons toujours été traités différemment, même quand nous étions au Ghana”, se souvient Michael. L’histoire atypique de leur famille commence en 1975 quand Yano Mitsuaki, architecte japonais de 35 ans, est envoyé à Accra pour construire le centre de recherche Noguchi Hideyo, éminent bactériologiste japonais qui a découvert l’agent pathogène de la syphilis.