Culture : Chanter pour mieux exister

Itô Aisuke pour Zoom Japon

Nouveau choc identitaire. David rentre au Japon en pensant qu’il ne retournera plus jamais en Afrique. Mais finalement, il décide de créer une association pour aider les enfants au Ghana. “Maintenant, j’y retourne tous les ans. J’ai compris que le Ghana est un pays heureux, au niveau humain, et qu’on a beaucoup à apprendre au Japon de ce côté là.” Michael, de son côté, a intégré le championnat professionnel de foot, mais ne s’y sent pas à l’aise non plus. Il arrête sa carrière de sportif et commence à faire de la musique dans plusieurs groupes de rap. Sanshirô poursuit ses études à l’université. Les trois frères ne se voient plus beaucoup jusqu’à ce jour de 2013. “David avait composé une chanson et nous a proposé de la chanter tous les trois pour un anniversaire. Ce jour-là, on a ressenti pour la première fois une fusion entre nous trois, c’était une expérience bouleversante”, raconte Michael. Le trio a un succès immédiat. Michael commence à composer des textes plus personnels. “J’avais écrit une chanson à l’occasion de l’élection d’Obama. Comme j’avais vécu aux Etats-Unis, ça avait beaucoup de sens pour moi. Obama rappelle la mémoire de nos racines africaines, l’esclavage, le Ku Klux Klan. Les paroles de One step parlent de tout ça mais mon agent m’a conseillé de modérer mes propos. On ne parle pas de politique si on veut devenir un artiste majeur au Japon”. Les Yano Brothers font des apparitions à la télé et retournent à Accra où ils tournent un clip pour la chanson I believe. Un retour aux sources sur fond de musique pop et de retrouvailles avec leur mère. “Grâce à la musique, nous avons trouvé notre identité. J’ai beaucoup été inspiré par la vie de Joe Yamanaka, un des seuls métis afro-japonais de sa génération qui a fait carrière dans la musique. Il est aussi retourné sur les traces de son père inconnu en Jamaïque, en a fait un album”, explique Michael. Les Yano Brothers aussi ont un message unique à transmettre à tous les métis au Japon et dans le monde. Un message dans lequel le groupe n’hésite pas à utiliser un langage propre, le Jafrican. “Le Jafrican n’est pas une question de nationalité, il renvoie aux racines de l’humanité qui sont en Afrique. Ganbambe  (du japonais “Ganbare” qui veut dire “Courage !”!”
A. D.-T.