Destin : Tezuka Osamu le précurseur

Frederik L. Scholdt en 1983 à Tôkyô lors de la sortie de son essai consacré au manga. La conférence de presse avait été organisée avec Tezuka Osamu. / ©Frederik L. Scholdt

Cette rencontre a aussi marqué le début de la longue relation entre Scholdt et Tezuka. “Ce fut une expérience des plus marquantes. Il a été l’une des personnes les plus extraordinaires que j’ai jamais rencontrées de ma vie. C’était un génie. En tant qu’interprète, j’ai rencontré beaucoup de gens célèbres, mais Tezuka se démarque vraiment. J’ai l’impression de le connaître comme personne d’autre. C’était un être fascinant. Je dois dire qu’il m’a fait une énorme impression. Il était super productif d’une manière presque anormale. Il travaillait toujours, arrivant toujours avec de nouvelles idées et imaginant plusieurs histoires en même temps. Il travaillait sur quatre, cinq histoires à la fois, les développait dans sa tête avant de les faire paraître dans différents magazines hebdomadaires. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme lui”, confie Frederik L. Scholdt.
L’une des choses qui distinguait le créateur d’Astro le petit robot des autres artistes était sa curiosité. Scholdt s’en souvient. “Il lisait énormément. Il connaissait les bandes dessinées et l’animation du monde entier bien sûr, mais il lisait aussi beaucoup de littérature russe, allemande, américaine et britannique. Il avait vu toutes sortes de films et se souvenait de tout ce qu’il avait vu et lu. Il disposait d’une mémoire quasi-photographique. Il ne faut pas oublier qu’il avait son diplôme de médecin. À cette époque, au Japon, il était très rare que les personnes ayant ce niveau d’éducation deviennent des artistes de manga parce que leur mode de vie était très précaire.”
L’amitié entre les deux hommes s’est consolidée à l’occasion de nombreux voyages que l’artiste a effectués aux Etats-Unis, quand Scholdt était son interprète. “Au cours de ces déplacements, lorsque nous voyagions d’un endroit à un autre, nous parlions tout le temps”, se souvient Frederik L. Scholdt. “Nous parlions de tout, de religion comme d’écologie. Il était comme une éponge, toujours avide de savoir et absorbant l’information parce qu’il avait constamment besoin de nouvelles idées pour ses histoires. Je me souviens qu’il était très intéressé par l’énergie nucléaire parce que son personnage d’Astro le petit robot disposait d’un moteur atomique. Mais au moment où je l’ai rencontré, le nucléaire était devenu un sujet très controversé, même au Japon. Alors quand il a créé la nouvelle série d’Astro en 1980, il a eu l’idée de faire de la fusion nucléaire sa source d’énergie parce qu’elle était censée être plus propre et plus sûre.”
Les longues conversations entre les deux hommes ont peut-être été le point culminant de leur relation, mais elles lui ont valu parfois des situations gênantes. “Une fois, nous étions censés prendre l’avion de San Francisco pour le Canada. Nous étions tellement absorbés par notre discussion que nous avons manqué le vol. Nous étions en fait devant la porte d’embarquement. Tout le monde avait embarqué, mais nous sommes restés là. Malgré l’embarras de la situation il ne s’est pas fâché contre moi, ce qui était incroyable. Il était très gentil avec moi. Je sais qu’il s’est parfois emporté contre ses employés, mais avec moi et ses fans, il s’est toujours montré très généreux.”