Réalisation : La confiance de Mashima Hiro

Fairy Tail est, depuis 10 ans, l’une des séries les plus lues dans le monde. Son auteur évoque son rapport à la traduction.

Dès la conception de ses histoires, le mangaka pense au travail du traducteur. / Kôdansha

Pour le traducteur, mis à part les noms de sorts, dont Fairy Tail regorge, la difficulté principale est certainement de maintenir une tension sentimentale maximale et ambiguë. Ambiguë parce qu’on parle beaucoup d’amitié et de loyauté dans cette série, mais pas besoin d’être psychanalyste pour deviner que les relations entre les personnages (et l’identification des lecteurs) reposent sur d’autres préoccupations. Il faut donc exprimer une frustration adolescente constante sans jamais lui faire atteindre son seuil de douleur. Sans oublier de saupoudrer une dose idoine d’humour décalé. C’est peut-être d’ailleurs à cela qu’il sert, l’humour ! Contrôler la pression. Bref, le traducteur a beaucoup à faire, et il faut tenir la distance.
Thibaud Desbief, le traducteur de Fairy Tail publié en France chez Pika, accompagnera son auteur Mashima Hiro comme interprète à Angoulême pendant toute la durée du festival. Dans le manga indépendant, le fait pour le traducteur d’accompagner un ou une mangaka qu’il ou elle traduit lorsque celui-ci vient en France pour un salon du livre ou une tournée de signatures n’est pas rare. Cela l’est beaucoup plus quand il s’agit d’une star hors catégorie comme Mashima. On pouvait donc penser que le mangaka avait une sensibilité particulière concernant la traduction de ses œuvres en français. Il a bien voulu répondre, par courriel, à certaines questions sur la traduction. Ses réponses, bien que laconiques, sont éclairantes.

Dans combien de langues votre série est-elle traduite ?
Mashima Hiro : Dans 17 pays aujourd’hui.

Avez-vous déjà rencontré certains de vos traducteurs, lors d’un festival ou d’une convention à l’étranger ?
M. H. : Oui. Le succès de Fairy Tail dans les pays étrangers doit tout au talent et à la finesse des traducteurs.

Avez-vous déjà reçu des questions de certains traducteurs sur un point difficile à comprendre, ou pour lequel il avait besoin d’une information supplémentaire ?
M. H. : Non, je fais entièrement confiance aux traducteurs.

Dès les premiers tomes de Fairy Tail, les bulles sont généreuses et larges, on sent que vous prenez la peine de faciliter le travail des traducteurs des langues “horizontales”. Les bulles “verticales” peuvent poser des difficultés. Est-ce conscient de votre part ?
M. H. : Oui, tout à fait.

À part la forme des bulles, y a-t-il d’autres points pour lesquels vous essayez de faciliter le travail des traducteurs pour les éditions dans les autres langues ?
M. H. : J’essaie d’éviter les blagues basées sur la langue japonaise. Je réfléchis à des blagues qui peuvent se comprendre dans n’importe quelle langue.

Vous êtes plusieurs fois venu en France à la rencontre de vos lecteurs ici. Avez-vous noté des différences dans la façon de comprendre vos œuvres, entre les lecteurs français et les lecteurs japonais ?
M. H. : En France, les fans sont plus passionnés, je sens qu’ils ont une réaction beaucoup plus émotive. Ils sont plus nombreux à exprimer leur bonheur de lire que les lecteurs japonais.

Avez-vous déjà demandé à votre éditeur de vous traduire “à l’envers”, par exemple du français en japonais, une scène ou une case d’une de vos séries ?
M. H. : Non, jamais.

Lisez-vous des BD européennes ou des comics américains, ou d’autres pays ? Avez-vous besoin de vous faire traduire, même partiellement, pour connaître la qualité des dialogues ?
M. H. : Ça m’arrive. Mais quand c’est un album qui me plaît pour le dessin, je peux apprécier sans avoir besoin de me le faire traduire en japonais.

Propos recueillis par P. H.