Rencontre : Une affaire de sensibilité

En 13 ans, Miyako Slocombe s’impose comme l’une des traductrices les plus emblématiques de la “3e génération”.

Pouvez-vous évoquer vos débuts ?

“Ma “méthode” consiste à me “jeter” dans la traduction”, explique Miyako Slocombe. / Célia Bonnin pour Zoom Japon

Miyako Slocombe : J’ai longtemps été la traductrice exclusive du Lézard Noir, ce dont j’étais très fière car je trouve son catalogue splendide. Mais récemment, Stéphane Duval a accéléré le rythme de ses sorties et il ne m’était plus possible d’assurer toutes les traductions. Je suis donc très heureuse qu’Aurélien Estager, dont j’admire le travail, ait rejoint l’équipe, et il me semblait également tout à fait légitime que pour l’ouvrage de Kamimura Kazuo qui doit sortir prochainement, la traduction soit assurée par son traducteur attitré chez Kana, Samson Sylvain. D’ailleurs, je travaille aussi pour Kana, qui me confie des traductions de mangas variés : des shônen tels que No Guns Life de Karasuma Tasuku ou Atom the Beginning de Kasahara Tetsurô, des shôjo comme Le Pavillon des hommes de Yoshinaga Fumi, ou encore des histoires de chat comme Kuro, un cœur de chat de Sugisaku. Pour le moment, Wombat est le seul éditeur pour qui je fais de la traduction littéraire. À une époque, j’ai fait beaucoup de sous-titrages de films, moins maintenant, en revanche je fais de plus en plus de surtitrage pour le théâtre, une activité qui me plaît beaucoup.​
J’ai commencé la traduction tout à fait par hasard suite à une proposition de Stéphane Duval, qui était en train de monter sa maison d’édition et avait pensé à moi pour traduire Maruo Suehiro, car il savait que j’étais bilingue et que j’avais grandi dans un environnement franco-japonais riche en culture “underground” japonaise par le biais de mon père écrivain. L’expérience m’a beaucoup plu, mais j’ai ressenti le besoin, pour continuer dans cette voie, d’approfondir ma connaissance du japonais et de la culture japonaise, c’est pourquoi je me suis inscrite à l’Inalco, où j’ai fait un master. J’ai continué à traduire pour le Lézard Noir à côté de mes études, puis en parallèle de mon travail à la Maison de la culture du Japon à Paris, et je suis devenue freelance à 100 % en 2013. Le choix des éditeurs avec qui je travaille s’est fait au fil des rencontres : j’avais entendu qu’Yves Shlirf était à la recherche de traducteurs, par ailleurs, j’avais été interprète pour un de leurs auteurs à Angoulême où nous avions sympathisé. Pour Akata aussi, Dominique Véret à l’époque m’a d’abord confié une mission d’interprète au Salon du livre, et ensuite il m’a proposé la traduction de la version manga du Bateau-usine de Kobayashi Takiji, c’est comme cela que nous avons commencé notre collaboration. J’ai aussi travaillé deux fois pour Casterman, lorsqu’ils ont publié du Maruo à leur tour. C’est un auteur qui me tient vraiment à cœur, dont l’univers me fascine, et j’aime beaucoup son écriture, parfois en décalage avec son dessin. Les rares fois où j’ai refusé une traduction de manga, c’était par manque de temps. On demande aux gens de travailler toujours plus vite, au détriment de la qualité, et aujourd’hui je refuse si on ne me donne pas un délai décent.