Nihongothèque « Eapu »

Dernièrement, des médias japonais ont fait le bilan de l’édition 2018 du hanami, cette coutume japonaise d’admirer les sakura, les fleurs de cerisier. Ils ont remarqué une nouvelle tendance apparue ces dernières années et qui semble désormais se confirmer. Il s’agit d’eâ-hanami à l’instar d’air-guitar. Pour le pratiquer, il suffit de s’offrir un pique-nique devant un écran diffusant une image de sakura ! J’en ai fait le test. En effet, cela m’évite de me retrouver au beau milieu de la foule et de subir mon allergie aux pollens. Mais cela revient à regarder TF1 sur le canapé avec une canette de bière à la main ! Dès lors, on peut inventer facilement de nouveaux termes en ajoutant le préfixe “eâ (air)” à d’autres mots chaque fois que l’on fait semblant, comme eâ-karaoke, entraînement de chant sans voix !
Le néologisme à la nippone ne connaît pas de limite et, à partir de eâ, mes compatriotes en ont imaginé un nouveau : eapu. A l’origine, c’est l’abréviation de eâ-purêyâ (air player) utilisé par les joueurs de jeux vidéo pour qualifier ceux qui font des commentaires sur un jeu sans jamais y avoir joué réellement. Ces derniers temps, cette expression a gagné un terrain plus large et s’applique à toutes sortes de shittakaburi, faux connaisseurs. Par exemple, si je critique un manga comme une experte alors que mon ignorance est évidente, on me collera une étiquette de manga-eapu. Cela dit, en France, je rencontre souvent des “Nippon-eapu” qui corrigent leurs proches en disant : “On ne dit pas Ozaka, mais Ossssaka !” alors qu’ils mettent de la sauce de soja sucrée sur le riz (ce que les Japonais ne font pas). S’ils insistent pour dire Nihon et pas Nippon, c’est un eapu confirmé. Sinon, vous trouverez chez les Japonais des “Furansu (France)-eapu” qui tiennent souvent un blog intitulé “L’art de vivre en France” en y présentant le Sacré-Cœur, sans pour autant connaître les Restos du cœur.
Moi ? Je suis sans doute une grande “Nichifutsu (franco-japonaise)-eapu”, spécialiste ni de l’un ni de l’autre, mais qui l’assume sans manquer d’air !
Koga Ritsuko