Expérience : Ciné rime avec générosité

Mishima Yukiko s’est forgée une solide réputation en tant que réalisatrice indépendante.

Auteur d’une bonne douzaine de films et séries, Mishima Yukiko est née en 1969. Elle appartient à cette génération de nouveaux cinéastes qui cherchent à créer des œuvres qui reflètent avec subtilité le quotidien.

Mishima Yukiko apprécie particulièrement être sur les plateaux. / John Lander pour Zoom JaponEst-il vrai qu’enfant, vous étiez fan de Takarazuka, ces spectacles musicaux exclusivement féminins ?
Mishima Yukiko : Oui. Je m’y rendais presque tous les jours en sortant de l’école. Les places aux deuxième et troisième étages étaient très bon marché. Je pouvais y aller si souvent. C’était une façon d’échapper à la réalité. Avant cela, mon père m’avait emmené pour la première fois au cinéma à l’âge de 4 ans pour voir Les Chaussons rouges (The Red shoes de Michael Powell et Emeric Pressburger, 1949). Bien sûr, je n’avais pas tout compris, mais le film m’avait fait une telle impression que je n’en ai pas dormi pendant une semaine. Non seulement j’ai commencé à prendre des leçons de danse, mais je suis tombée amoureuse du cinéma. Le souvenir de ce film m’a sauvée deux ans plus tard. Harcelée sexuellement, j’en étais arrivée au point de vouloir que mon corps souillé disparaisse. Puis je me suis souvenu des Chaussons rouges dont le protagoniste meurt à la fin. J’ai compris que les gens pouvaient choisir de mourir, mais en même temps ils pouvaient surmonter n’importe quel problème et choisir la vie à la place. Ce souvenir m’a donné la force de vivre, et plus tard m’a donné envie de faire des films.

Vous avez fait vos premiers films en 8mm à l’âge de 18 ans.
M. Y. : En effet. J’ai rejoint le club de cinéma de mon université et j’ai commencé à écrire des histoires que j’ai filmées plus tard avec l’aide de mes camarades de classe. Je les ai toujours, mais je suis trop gênée même pour les regarder moi-même, et encore moins les montrer aux autres (rires).