Hannô, un jardin secret

Tout autour de la ville, une multitude de chemins de randonnée. / Jean Derome pour Zoom Japon

Ce poumon vert de la région de Tôkyô est idéal pour les amateurs de marche et de découvertes insolites.

Tôkyô et sa région ne manquent pas de beaux sentiers de randonnée, à commencer par le mont Takao dans la banlieue ouest de la capitale et bien sûr l’imposant mont Fuji qui se trouve à seulement deux heures et demie du centre de la capitale. A seulement 40 minutes en train d’Ikebukuro, Hannô, dans la préfecture de Saitama, est moins connue, mais vaut pourtant le détour. Dans le passé, cette ville relativement petite (environ 80 000 habitants) était principalement connue pour approvisionner la capitale en bois, et aujourd’hui encore elle est entourée de montagnes boisées (son symbole est le pin sugi ou cèdre rouge).
Pour ce qui est de la randonnée et des activités de plein air, Hannô est peut-être l’un des secrets les mieux gardés de la région de Kantô, sauf si vous êtes un fan d’animation. Dans ce cas, vous la connaissez probablement déjà, car cet endroit a des liens étroits avec la culture pop contemporaine, le monde de Moomin et même le dieu du Manga lui-même – Tezuka Osamu (voir Zoom Japon n°77, février 2018).
La dernière renaissance de la région a commencé, en 2011, quand le manga Yama no susume [Le bon tuyau de la montagne, inédit en français] a été publié dans un magazine de prépublication et a pris son envol après la diffusion en 2013 de son adaptation animée à la télévision. Il porte sur les randonnées en montagne et plusieurs aventures se déroulent à et autour de Hannô. Les sentiers les plus proches peuvent être atteints à pied depuis la gare de Hannô. Le quartier autour de la gare n’est pas particulièrement mémorable.
Les choses deviennent plus fascinantes lorsque nous quittons la rue Ginza pour nous diriger vers notre destination. Nous atteignons d’abord Kannon-ji, un bel exemple de temple bouddhiste appartenant à Chisan, une des branches du bouddhisme Shingon. Sa prétention à la “renommée”, curieusement, est la statue d’un éléphant blanc qui prend une place de choix là où se trouvait la cloche du temple. Apparemment, pendant la guerre du Pacifique, quand le Japon a eu besoin de mobiliser toutes ses ressources en métal, le prêtre a dû donner la cloche pour “contribuer” à l’effort de guerre. Dans les années 1960, la cloche a été remplacée par un éléphant – don d’un propriétaire local – qui est apparu récemment dans plusieurs épisodes de Yama no susume, attirant ainsi une nouvelle génération de pèlerins qui aiment écrire leurs vœux et leurs prières sur des ema (tablettes votives) à son effigie qu’ils achètent sur place.
Comme nous nous approchons de la montagne, nous arrivons à Chûô Kôen, le Parc central. Bien que les fans d’anime plus jeunes ne le connaissent que grâce à Yama no susume, cet endroit a des liens beaucoup plus anciens et plus forts avec l’animation japonaise. En fait, si nous nous éloignons un peu de notre objectif et nous promenons dans le parc, nous trouvons la statue d’Astro le petit robot (Tetsuwan Atomu), le personnage le plus populaire de Tezuka Osamu. C’est en fait la seule statue du personnage existante dans le monde et un témoignage de la connexion profonde de l’artiste avec la ville. Le grand temple en face de Chûô Kôen s’appelle Nônin-ji et appartient à l’école Sôtô du bouddhisme Zen. À l’époque d’Edo (1603-1867), ce temple était soutenu par le shôgun et possédait vingt temples secondaires dans la région de Hannô. Cependant, il a connu plus tard des temps difficiles, lors de la guerre de Hannô qui lui a valu d’être incendié. Son jardin vaut particulièrement les 300 yens demandés pour y entrer. Il a été conçu à l’époque de Momoyama (1573-1603) et a été sélectionné comme l’un des 100 plus beaux jardins du Japon.