Rencontre : Une peinture en fusion

Hiramatsu Reiji (né en 1941), Symphonie d’eau, d’arbres et de nymphéas, 2011.
Nihonga, double paravent à quatre panneaux, 180 x 680 cm.
Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 2013.1.4. / © Hiramatsu Reiji © Giverny, musée des impressionnismes

Comment parvenez-vous à exprimer une beauté différente de celle des œuvres de Monet avec les pigments du nihonga et en quoi consiste la technique du nihonga ?
H. R. : Dans la peinture à l’huile, on mélange les couleurs pour obtenir la teinte souhaitée. Il est ainsi facile d’exprimer l’ombre, la lumière et la perspective, etc. Par rapport à cela, le nihonga est beaucoup moins pratique. On ne peut mélanger les pigments (essentiellement minéraux) et les peintres de nihonga ne le souhaitent pas non plus. C’est en superposant les couleurs que l’on obtient la teinte désirée. Nous peignons sur du papier épais fabriqué à partir de fibres de muriers japonais. On y applique les pigments minéraux que l’on mélange avec de l’eau et auxquels on ajoute un liant d’origine animale, le nikawa. Il faut attendre que la couleur sèche pour appliquer la suivante et recommencer maintes fois pour arriver au résultat souhaité. C’est pour cette raison qu’un peintre de nihonga parvient à obtenir des teintes aussi tendres, profondes, subtiles. On ne peut pas obtenir de couleurs fortes comme dans la peinture à l’huile, et ce n’est pas non plus notre désir.
En 2013, lors de mon exposition à Giverny, j’ai réalisé une œuvre expérimentale, un paravent dont la hauteur est de 1,80 m, et la largeur de 6,80 m. Je me suis placé à l’endroit que Monet choisissait pour peindre et j’ai pris les mêmes motifs. J’ai peint la surface de l’eau avec des pigments minéraux superposés et j’ai dessiné les pétales dans un style décoratif avec de la poudre d’or, d’argent et de cuivre sur laquelle j’ai appliqué des feuilles d’argent volontairement décolorées. J’ai utilisé des feuilles d’or pour les nuages qui se reflètent dans l’étang et j’ai dessiné les saules pleureurs à l’encre de Chine. Les nymphéas semblent ainsi voler au loin dans le ciel. Dans l’étang, j’ai peint des pétales de fleurs de cerisiers et des feuilles d’érables. C’est ainsi que j’ai tenté d’exprimer l’esprit décoratif et ludique des Japonais.

Hiramatsu Reiji (né en 1941), Quartet de couleurs – Nymphéas, 2011.
Nihonga, paravent à six panneaux, 180 x 420 cm.
Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 2013.1.5. / © Hiramatsu Reiji © Giverny, musée des impressionnismes

Après le succès de votre exposition en 2013, vous exposez de nouveau cette année à Giverny. Quel est désormais votre souhait le plus cher ?
H. R. : Le Musée des impressionnismes de Giverny propose cette année une exposition Japonisme / Impressionnisme, puis une seconde sur Edmond Cross : peindre le bonheur ainsi qu’un accrochage Hiramatsu. Il sera intéressant de comparer la technique d’Edmond Cross et des autres peintres pointillistes à celle du nihonga. J’espère que les visiteurs y seront nombreux. Pour ma part, il me reste bien des rêves à réaliser. Je dois faire d’autres recherches sur Monet et les peintres japonisants. Je souhaite avant tout continuer à peindre des œuvres dans la lignée de la beauté de nos deux pays.

Propos recueillis par B. K.-R.

Informations pratiques
Hiramatsu à giverny. Jusqu’au 4 novembre. 99, rue Claude Monet 27620 Giverny.
Tél. 02 32 51 94 65 – www.mdig.fr
Tous les jours de 10h à 18h (fermeture du 16 au 26 juillet).

Hiramatsu Reiji (né en 1941), Reflets du couchant sur l’étang ; ouverture musicale : les nymphéas, 2011. Nihonga, paravent à six panneaux, 180 x 420 cm. Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 2013.1.6. / © Hiramatsu Reiji © Giverny, musée des impressionnismes