Découverte : Sur la route de Tobishima

Le pont d’Akinada (à droite) vu du sommet du mont Noro. / Angeles Marin Cabello pour Zoom Japon

Moins connue que le Shimanami Kaidô situé à proximité (voir Zoom Japon n°41, juin 2014), la route de Tobishima gagne cependant en popularité. “Elle est en train de s’imposer comme parcours chez les cyclistes. Les maisons d’hôtes et les cafés sont également en augmentation”, explique Yamamoto Ken’ichi, du service touristique de la ville de Kure. Le trajet aller-retour de 96 km relie le pont d’Akinada, près de Kure, à l’île d’Okamura, à Imabari, dans la préfecture d’Ehime, sur l’île de Shikoku.
Il s’avère que le pont d’Akinada – le point de départ de la route de Tobishima – est justement ce “petit” pont vert qui était visible du sommet du mont Noro. De plus près, l’ouvrage d’art semble immense et domine le paysage environnant. Un détail à noter à propos des ponts qui enjambent la mer au Japon et qui ne manque jamais de provoquer une certaine excitation. En passant au-dessus de la mer, vous ne pouvez pas vous empêcher de ralentir (s’il n’y a pas de véhicule derrière vous, comme c’est souvent le cas) pour laisser vos sens se laisser aller alors que le vent parfumé de la mer jaillit et que les îles s’étirent à perte de vue des deux côtés. Voilà une expérience plus exaltante que n’importe quel manège, et elle vaut bien les 550 yens du péage.
Très vite, peut-être trop vite, vous êtes déjà de l’autre côté. Grâce aux ponts, ces îles ne sont plus aussi éloignées les unes des autres, mais elles donnent toujours l’impression d’appartenir à un autre monde. L’absence de circulation (et de personnes), l’air immaculé et l’immobilité générale vous incitent à penser que vous avez changé de dimension.
La première île est Shimokamagari. Juste après le pont, vous arriverez à un joli jardin à flanc de colline. Il offre une vue splendide sur l’ouvrage d’art et la mer. Shimokamagari est également connue sous le nom d’île jardin, grâce à un projet visant à transformer toute l’île en une sorte de jardin géant. Le terminal de ferry, avec son toit en pente, ressemble à un temple.
Shimokamagari est minuscule, mais il y a une quantité surprenante de choses à voir ici. Le charme bucolique de l’île cache le fait qu’à l’époque d’Edo (1603-1868), c’était un port important sur la voie maritime reliant le Japon au reste de l’Asie. Aux XVIe et XVIIe siècles, les émissaires coréens s’y arrêtaient avant de prendre la direction d’Edo (l’actuelle Tôkyô) avec leurs somptueux convois composés de dizaines de navires et de centaines de personnes. Leur séjour à Shimokamagari ne passait pas inaperçu avec des fêtes somptueuses et de grandes cérémonies. La fête de la procession des envoyés coréens, qui se tient le troisième dimanche d’octobre, rappelle ces événements historiques. L’événement principal est un défilé coloré avec des participants vêtus de costumes de samouraï et de vêtements traditionnels coréens. Les envoyés arrivent par bateau et sont transportés dans les rues sur des chaises à porteurs. Un rappel plus permanent de l’histoire de l’île se situe dans le magnifique jardin Shôtôen, une promenade en bord de mer avec quatre musées construits dans le style de l’époque d’Edo, possédant chacun une pinède avec des statues de pierre et des chemins en graviers. Les musées présentent l’histoire et la culture de l’île, en se concentrant principalement sur les visites des émissaires coréens. L’un des documents exposés – un parchemin illustrant une importante flotte de délégués coréens naviguant dans la Mer intérieure – a été enregistré dans les registres de l’Unesco. On trouve également des céramiques du Japon, de Corée et de Chine et même une reconstitution de l’impressionnant banquet préparé pour les invités coréens.

Il faut débourser 550 yens pour traverser le pont d’Akinada. Une dépense qui en vaut la peine. / Angeles Marin Cabello pour Zoom Japon