Tradition : Le Nouvel an dans l’Archipel

Comme des milliers d’autres, ce jeune couple se rend au sanctuaire Gokoku pour commencer l’année. / Angeles Marin Cabello pour Zoom Japon

Les Japonais passent une bonne partie du premier jour de la nouvelle année dans les temples et les sanctuaires.

Une large bande de lumière grise argentée a envahi le ciel. C’est à peine suffisant pour éclairer le sentier menant au mont Futabayama, à la périphérie de Hiroshima. La première partie de l’ascension est facile en passant sous les 100 torii en bois dont l’orange vif tranche avec le feuillage dense et persistant. La suite est plus compliquée, avec les 140 mètres d’un chemin étroit et escarpé à travers la colline boisée.
Heureusement, le soleil ne sera pas levé avant une demi-heure. Nous avons largement le temps de grimper jusqu’au sommet pour participer au ha­tsuhinode, cette tradition japonaise qui consiste à regarder le premier lever du soleil de la nouvelle année, de préférence depuis un lieu d’une grande beauté naturelle. C’est si paisible qu’on pourrait entendre la toux d’une chauve-souris. Le Nouvel An est la nuit la plus calme de l’année au Japon. Bien sûr, à Shibuya et dans quelques autres lieux branchés, vous trouverez des célébrations animées de style occidental. Mais dans les ténèbres, loin des lumières des grandes cités, tout est silence.
En ce 1er janvier, tout le pays est en vacances, le seul moment de l’année où cela se produit. C’est la festivité la plus importante. Le 26 décembre, les décorations de Noël cèdent la place à celles du Nouvel An. Les sapins et les guirlandes sont remplacés par des branches de bambou, de pin et de prunier. Des sites populaires comme l’île de Miyajima seront envahis par les amateurs de lever du soleil. Le mont Futabayama n’est peut-être pas aussi spectaculaire, mais il y aura beaucoup moins de monde. Il abrite pourtant l’emblématique Pagode de la paix en argent que l’on peut apercevoir depuis la ville, et propose des vues sublimes sur la Mer intérieure parsemée d’îles.
Il n’est pas encore six heures qu’on compte déjà une centaine de personnes au sommet de la colline. Un groupe d’hommes âgés a allumé un feu de joie pour lutter contre le froid vif. Deux jeunes femmes en mini-jupe jettent un regard envieux sur les flammes tandis que leurs petits amis les ignorent et fument. Des enfants et des chiens s’agitent bruyamment comme le font des enfants et des chiens. Une dame d’un certain âge vend du saké, du thé vert et des gâteaux de riz au moka, tandis qu’une odeur d’encens flotte dans l’air depuis l’autel installé sous le Bouddha géant doré de la Pagode de la paix.