Tendance : A Noël, c’est l’heure du gâteau

Le fraisier, appelé communément short cake dans l’Archipel, reste le gâteau symbole de Noël au Japon. / DR

Tradition importée, la fête du 25 décembre a évolué en fonction de la situation socio-économique du pays.

Le Japon n’a jamais été un pays chrétien (et ne l’est toujours pas), mais Noël, dépourvu de connotations religieuses, y a fait son entrée en douceur dès le début du XXe siècle. C’est à cette époque que l’on a commencé à voir apparaître des publicités figurant le père Noël. À la fin des années 1920, les grands magasins ont lancé des “opérations Noël” afin d’inciter les clients à faire des achats pour cette occasion.
Si Fujiya, chaîne populaire de pâtisserie occidentale, affirme avoir été le précurseur du gâteau de Noël, avec une première commercialisation en 1910 au moment de la fondation de la maison à Yokohama, ville fréquentée par les étrangers, la pâtisserie occidentale demeurait encore rare et onéreuse à cette époque. Ce que les Japonais appellent Christmas cake (gâteau de Noël) a été popularisé quelques années après la Seconde Guerre mondiale, avec la fin des restrictions sur le sucre et la farine. Au début, la plupart de ces gâteaux étaient décorés de crème au beurre avant d’être peu à peu remplacée par de la crème chantilly dans les années 1970.
À cette époque, le fraisier, baptisé short cake, était le roi des gâteaux. Beaucoup de Japonais sont aujourd’hui encore fortement attachés à cette gourmandise. La culture de fraises sous serre est très répandue, afin de ne pas en manquer à Noël, au point de pouvoir dire qu’au Japon, il y a deux saisons des fraises : en décembre-janvier et au printemps. Certains interprètent le succès de ce gâteau par la combinaison des couleurs de Noël : blanc (crème) et rouge (fraise), qui rappellent aussi les couleurs fastes que sont pour les Japonais le rouge et le blanc (kôhaku).
Il y a 40 ans, Noël appartenait aux salarymen. Dans les clichés de cette époque, on trouve souvent l’image d’un homme un peu éméché, un chapeau en papier sur la tête et un gâteau de Noël à la main, cadeau destiné à se faire pardonner par sa famille. Cette pâtisserie étant destinée aux enfants, elle était bien souvent joyeusement décorée d’un père Noël, de nains, de fleurs et de bûches.
Avec la fameuse “bulle” spéculative des années 1980, on a assisté à une relecture de Noël. Le jour de la naissance du sauveur s’est transformé en une Saint-Valentin avant l’heure. Les garçons offraient des pendentifs de chez Cartier à leurs petites-amies et se précipitaient pour réserver des chambres dans des hôtels de luxe, sans oublier de la réserver pour l’année suivante, même s’ils n’étaient pas sûrs d’être toujours avec la même bien-aimée (car peu importe avec qui, on en aurait forcément besoin !).