Destin : Une bonne fée nommée Asakawa

Grand admirateur de Tsuge Yoshiharu, Asakawa Mitsuhiro a beaucoup œuvré pour que son travail soit enfin publié intégralement en Occident. / Benjamin Parks pour Zoom Japon

Spécialiste de l’œuvre du mangaka, Asakawa Mitsuhiro évoque ses liens avec Tsuge et son regard sur son travail.

Peu de personnes connaissent le travail de Tsuge Yoshiharu mieux qu’Asakawa Mitsuhiro, ancien rédacteur en chef de Garo, qui, en 1998, a participé à la création de AX, autre magazine influent et alternatif. Il a effectué des recherches sur le manga au cours des 30 dernières années. Editeur de Tatsumi Yoshihiro, Katsumata Susumu, Tsuge Tadao et autres, il gère les droits internationaux de ces auteurs. Fervent amateur de Tsuge Yoshiharu, il possède une connaissance intime de son travail et fait partie des rares personnes qui ont aujourd’hui accès à l’artiste âgé.

Pourquoi vous êtes-vous installé à Ohara ? C’est assez loin du centre de Tôkyô.
Asakawa Mitsuhiro : J’ai décidé de déménager l’été dernier après 30 ans passés dans la capitale. Il y a cinq ans, j’ai quitté mon emploi dans le secteur de l’édition pour me consacrer à la vente en ligne d’équipements audio vintage, ce que je peux faire n’importe où, car je n’ai pas besoin de me rendre au bureau. Je cherchais un endroit plus grand et j’ai trouvé cette vieille maison à Ohara. Comme vous le savez, cette ville et d’autres endroits proches, tels qu’Otaki et Futomi, ont joué un rôle très important dans la vie et le travail de Tsuge. J’ai donc sauté sur l’occasion et je m’y suis installé. D’autres artistes liés à Garo vivent ou ont vécu à Chiba (Shirato Sanpei, le frère de Tsuge, Tadao). Cette préfecture est donc très importante dans l’histoire de la bande dessinée alternative au Japon.

Il vous a fallu dix ans pour convaincre Tsuge Yoshiharu d’accepter la traduction de son œuvre complète. Pourquoi a-t-il tant résisté ?
A. M. : Il a toujours essayé d’éviter tout ce qu’il trouvait ennuyeux. Dans ce cas, par exemple, le travail fastidieux consistant à comparer le texte japonais original et les traductions, à rechercher les incohérences, etc. Il savait qu’il devait faire toutes ces choses lui-même et il les trouvait trop fastidieuses. Pendant la majeure partie de sa vie, Tsuge était une personne très anxieuse, hantée sans fin par des fantômes intérieurs. Mais maintenant, il semble avoir atteint un stade de sa vie où il est en paix avec lui-même et avec le monde.

C’est ce qui a permis d’avoir son feu vert ?
A. M. : Oui, il a maintenant 81 ans et, comme je le disais, il a cessé de se tourmenter pour beaucoup de choses et a enfin retrouvé goût à la vie. L’inquiétude est souvent liée à la peur de l’avenir. Cependant, à son âge, il sait qu’il ne lui reste que peu de choses à vivre. Sa vie actuelle est peut-être ennuyeuse et répétitive, mais dans sa banalité, il se sent en sécurité et il est rassuré. Le fait que son fils s’occupe de la plupart de ses affaires est aussi un plus. Je les vois souvent discuter de leurs accords avec des éditeurs étrangers..

Revenons à vous. Je suis sûr que vous êtes un fan de manga depuis votre enfance. Aviez-vous des titres ou des auteurs préférés ?
A. M. : Ma génération s’intéressait plus à l’anime qu’au manga. Par exemple, je regardais Sasuke de Shirato Sanpei à la télévision. Mais ma série préférée était Kitaro le repoussant (GeGeGe no Kitarô) de Mizuki Shigeru. J’aimais l’idée que Kitarô ne soit ni un être humain ni un fantôme. Il était un yôkai [voir Zoom Japon n°75, novembre 2017] et suivait des règles et des coutumes différentes de celles de la société humaine. J’imagine que j’ai été attiré par cette liberté, cette façon de voir les choses différemment qui est également une caractéristique importante de la vie et du travail de Tsuge. En tant qu’enfant qui avait du mal à se conformer à la vie scolaire et à accepter les mœurs sociales, j’étais fasciné par les histoires de Mizuki.