Presse : Un quotidien au plus près du réel

Publié le 1er août 1954, ce petit article est le premier à avoir parlé de la maladie de Minamata même si à l’époque il ne s’agissait que de chats. / Gabriel Bernard pour Zoom Japon

Entré en 1983 dans l’entreprise, Araki Masahiro est fier de cet héritage. Tout au long de sa carrière, il n’a eu de cesse de défendre la liberté d’information et de rapporter une réalité parfois dérangeante pour les dirigeants politiques et économiques locaux. Son expérience à la tête de l’antenne du quotidien à Minamata, petite cité portuaire à environ 70 kilomètres au sud de Kumamoto, l’a conforté dans sa volonté d’entretenir cette tradition. L’histoire tragique de Minamata est intimement liée au Kumamoto Nichinichi Shimbun. Elle est le symbole du développement économique japonais de l’après-guerre, lequel s’est déroulé au mépris du respect de l’environnement et des populations locales. Aujourd’hui, tout le monde connaît la “maladie de Minamata” (Minamatabyô), mais lorsque pour la première fois, le 1er août 1954, le journal a évoqué l’impressionnante augmentation du nombre de souris à la suite de la mort “curieuse et massive” des chats de ce village de pêcheurs, personne n’imaginait que cela deviendrait l’un des scandales les plus retentissants de l’histoire contemporaine du pays et dont le Kumanichi a été l’un des fers de lance. Un peu moins de deux ans plus tard, la “maladie étrange” (kibyô) qui avait frappé les chats s’est étendue aux êtres humains, mais il faudra attendre septembre 1968 pour que les autorités reconnaissent qu’il s’agissait d’un mal lié à la pollution (kôgaibyô), en particulier au déversement de mercure dans la mer par l’entreprise chimique Chisso.
La publication d’une série de 23 articles dans les colonnes du journal en avril 1968 intitulée “On l’appelle maladie de Minamata” (Minamatabyô to yobu) a marqué un véritable tournant dans la mesure où elle a permis de remettre en perspective les responsabilités des uns et des autres, mais aussi de redonner aux victimes le droit d’exister dans un pays où les discriminations vont bon train si l’on estime que vous n’êtes pas comme les autres. A l’instar des victimes des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, les habitants de Minamata étaient devenus des parias depuis que beaucoup d’entre eux souffraient de terribles maux.