Innovation : Le syndrome des Galapagos

Les appareils de radiomessagerie ou pokeberu ne disparaîtront qu’en septembre 2019./ DR

La téléphonie mobile
Au Japon, ce secteur a pris son envol au début des années 1990, non pas avec les téléphones portables, mais avec des appareils de radiomessagerie ou pokeberu (Pocket Bell), comme on les appelait au Japon. Lancés pour la première fois en 1987 et commercialisés comme des outils de travail pratiques, leur petite taille et leur prix modique les ont rendus très populaires auprès du grand public. En 1991, on recensait environ 5,75 millions d’abonnés au système de radiomessagerie dans l’Archipel et, au cours des 4 à 5 années suivantes, les ventes ont explosé, en particulier auprès des jeunes pour atteindre un pic de 10,6 millions d’abonnés en 1996. L’utilisation de pokeberu a conduit à des méthodes de communication originales – en utilisant des chiffres au lieu de lettres pour épeler des mots (chaque chiffre peut être prononcé selon l’alphabet syllabique japonais) –et s’est imposée comme la première forme rudimentaire des médias sociaux, bien avant l’avènement de Myspace et Facebook.
La deuxième phase du développement de la communication mobile est liée à l’apparition des téléphones cellulaires de petite taille devenus populaires grâce à la mise en œuvre, en 1995, du système de téléphonie personnelle (PHS), une technologie mise au point par NTT dès 1989. Si ces téléphones PHS avaient peu de portée, ils fonctionnaient bien dans les zones urbaines denses du Japon et étaient très bon marché.
Cependant, les PHS ont rapidement été remplacés par les keitai (téléphones portables) plus avancés, lesquels ont donné naissance à la culture du même nom. En 1997, J-Phone a dévoilé le Pioneer DP-211SW, doté non seulement d’un écran tactile à cristaux liquides capable de lire des caractères chinois (chose rare à l’époque) et des emoji créés à l’origine par le concepteur d’interface Kurita Shigetaka. La même année, NTT Docomo a commencé à travailler sur la connectivité Internet (coïncidence, le World Wide Web a été inventé en 1989 la même année que le début de l’ère Heisei) et en 1999, il a finalement été en mesure de lancer le service révolutionnaire i-mode, avec le «i» symbolisant Internet, information et interactivité. Pour la première fois, les utilisateurs de keitai ont pu se connecter à Internet et envoyer des courriels et quelque 200 emoji. À la fin de l’année 2000, environ la moitié de la population japonaise utilisait le keitai.
Les téléphones portables ont contribué de nombreuses façons à changer leurs habitudes. Par exemple, les Japonais ont pu désormais lire des “romans pour téléphones portables”, des œuvres littéraires écrites dont les chapitres ne dépassaient généralement pas 70 à 100 mots. Le premier roman de ce genre, Deep Love, a commencé à être publié à l’automne 2000. Il est devenu si populaire qu’il a également été édité sous forme de livre, vendu à 2,6 millions d’exemplaires. Certains autres changements culturels apportés par la culture keitai (téléphone portable) n’ont pas été aussi positifs. Les cinémas, par exemple, diffusent alors des annonces invitant les internautes à faire taire leur téléphone avant le début du spectacle.
A cette époque, le Japon reste le pays leader en matière de communication mobile et renforce sa position avec la création du téléphone appareil photo dont le premier modèle, le Sharp J-SH04, est sorti en 2000. Avec un appareil photo de 0,11 mégapixel et la possibilité d’envoyer des photos via le service dit “sha-mêru” (photo-courriel), il est devenu très populaire au Japon et en Occident.
Alors que la suprématie mondiale du Japon a définitivement pris fin avec le lancement de l’iPhone par Apple en 2007, les entreprises locales ont continué à créer de nouveaux instruments de communication, le plus populaire étant Line, un smartphone et une application PC permettant aux utilisateurs de passer des appels et de communiquer avec d’autres utilisateurs de Line aux niveaux national et international. Lancé en juin 2011 en réponse au tremblement de terre qui avait frappé le nord-est de l’Archipel en mars et dévasté les infrastructures de communication, ce système a attiré 45 millions d’utilisateurs au cours des 13 premiers mois, devenant en 2013 le plus grand réseau social et l’application de messagerie la plus populaire du pays. Actuellement, il compte 700 millions d’utilisateurs dans 230 pays du monde, mais il est surtout très prisé au Japon et en Asie. Aujourd’hui, les gens l’utilisent pour appeler des taxis, jouer à des jeux et acheter des produits avec de la crypto-monnaie. Line a également revu le concept des emoji en créant des autocollants électroniques tridimensionnels appelés “timbres”.