Etre Japonais au XXIe siècle

Fin avril, l’hebdomadaire Newsweek Japan dressait le portrait des 100 Japonais les plus connus dans le monde.

On en revient toujours à tenter de porter un jugement de valeur sur le pays du Soleil-levant, mais est-ce vraiment la peine ? Cela revient à vouloir parfois faire admettre certains comportements aux Japonais qu’ils refusent au nom de ce conformisme auquel les Occidentaux ne sont pas habitués dans leur quotidien (quoique). Sur la quatrième de couverture des Leçons du Japon, il est écrit “le conformisme tue le dynamisme, la créativité et les rêves”. Une affirmation péremptoire et sans fondement si l’on considère non seulement la capacité d’innovation de l’industrie japonaise, l’influence de la culture populaire nippone ou encore la diversité de la création littéraire locale. Par ailleurs, cette attitude des Japonais ne signifie pas que leur société est figée. Elle évolue et change rapidement d’autant plus que le pays a cherché à s’intégrer davantage à la communauté internationale au cours des trois dernières décennies. La fin de la guerre froide a conduit les autorités japonaises à vouloir l’entraîner sur le chemin de la mondialisation après avoir voulu le protéger des influences extérieures. N’étaient-elles pas allées jusqu’à affirmer, à une certaine époque, que la qualité de la neige nippone était différente et donc inadaptée au matériel de ski étranger ?
Désormais, les traités de libre-échange comme celui signé, l’an passé, avec l’Union européenne constituent la norme. Les entreprises japonaises sont dirigées par des patrons étrangers et on évoque la nécessité d’ouvrir plus largement les frontières à une main-d’œuvre étrangère (voir Zoom Japon n°90, mai 2019). Cela ne va pas sans avoir des conséquences sur la société japonaise et sur le comportement de ses membres qui, pour certains, sont déboussolés par tant de bouleversements. Ils n’échappent pas, comme dans d’autres pays, à la tentation du repli autour de valeurs dites “traditionnelles” mais qui ne le sont pas (voir Zoom Japon n°67, février 2017). Les cartes sont donc en permanence brouillées. Aussi ne doit-on pas juste observer comment les Japonais se comportent face à cette réalité, dont le visiteur étranger (compte tenu de sa présence en nombre) fait aussi partie, sans chercher à émettre une opinion définitive. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que la plupart d’entre nous. C’est en ayant tout cela en tête que nous avons décidé de construire ce dossier.
Odaira Namihei