Développement : Au royaume des jouets

Poupées, voitures miniatures, masques et autres jeux sont fabriqués à Katsushika. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon

L’arrondissement concentre le plus grand nombre d’entreprises spécialisées dans la fabrication de jouets.

L’industrie du jouet au Japon a une longue et glorieuse histoire et Katsushika a joué un rôle tellement important qu’on la désigne généralement comme le “quartier des jouets”. Aujourd’hui, la majeure partie de la production nationale est concentrée dans les quartiers est de Tôkyô. Environ un tiers des 203 entreprises appartenant à l’Association des producteurs de jouets se trouvait à Katsushika, Taitô, Adachi, Sumida et Edogawa.
Au cours de l’ère Meiji (1868-1912), les fabricants japonais de jouets ont commencé à remplacer le bois et le papier par de l’étain et du celluloïd et, en 1915, le Japon a dépassé l’Allemagne en tant que principal exportateur de jouets vers l’Europe et les Etats-Unis. A cette époque, les entreprises locales étaient très appréciées pour leur technique de production et leur désir de nouveauté. A Katsushika, la première usine de celluloïd a ouvert ses portes en 1914. De nos jours, certaines des sociétés les plus connues y sont encore installées : Takara Tomy et Kodama Sangyô TOY à Tateishi, Obitsu à Kanamachi, Sekiguchi à Shin-Koiwa et Nikken à Horikiri, pour n’en nommer que quelques-unes.
Takara Tomy est né en 2006 de la fusion de deux sociétés déjà prospères, Takara et Tomy. Ce dernier a été créé en 1924 par Tomiyama Eiichirô. L’entreprise a acquis rapidement une réputation dans l’industrie et est devenue célèbre pour ses avions miniatures extrêmement détaillés et ses boîtes colorées. Au milieu des années 1950, les jouets japonais dominaient le marché mondial et les fabricants locaux commençaient à concevoir de nouveaux jouets destinés au marché américain lucratif. Cette période marque le début d’un âge d’or au cours duquel de nombreuses nouvelles sociétés ont été fondées (Takara est née en 1955 dans le district de Takaramachi à Katsushika). Afin de rester en avance sur la concurrence, Tomy a créé la première usine de jouets avec une chaîne de montage et un département de recherche.
La décennie suivante est marquée par l’apparition sur le marché d’une nouvelle génération de poupées. Kodama, une petite entreprise installée à Tateishi vers 1960, a lancé Charmy-chan, un baigneur qui n’existait à l’origine qu’en deux couleurs, jaune et rose. Il était principalement vendu dans des magasins locaux. Aujourd’hui, Charmy-chan est devenu un succès mondial, mais il est toujours fabriqué avec les mêmes vieux moules en métal. La poupée Kewpie est une autre poupée créée par Obitsu, société fondée en 1966. Mais le vrai grand succès s’appelle Licca-chan (voir Zoom Japon n°66, décembre 2016), une poupée lancée par Takara en 1967 qui a utilisé sa technologie de traitement du vinyle. Depuis cette date, toutes les petites Japonaises ont possédé une Licca-chan. En 2007, Takara en avait vendu quelque 53 millions.
Au cours des années 1970, les entreprises basées à Katsushika ont continué à frapper fort. Monchicchi, un singe empaillé fabriqué par le vétéran de l’industrie Sekiguchi en 1974, en est un exemple.
Tomy et Obitsu ont développé différentes stratégies pour faire face à une concurrence étrangère croissante. Tomy, après avoir ouvert des bureaux de représentation à New York et en Europe, a construit une usine à Singapour. Tomica, une nouvelle gamme de voitures miniatures, a sans doute été sa principale contribution sur le marché du jouet au cours de cette décennie. De son côté, Obitsu, petite entreprise disposant de moins de ressources (elle compte actuellement environ 30 employés), a misé sur sa technique qui lui donnerait un avantage concurrentiel par rapport aux produits étrangers moins chers.
Par la suite, l’industrie japonaise du jouet a fait l’objet d’une double attaque. D’un côté, la concurrence chinoise est devenue si forte que le Japon a perdu sa place de premier producteur mondial de jouets. Sur le plan intérieur, en 1978, le jeu vidéo Space Invaders est devenu un succès national, ouvrant la voie à la prochaine révolution ludique. Cela n’a pas empêché les fabricants japonais de trouver de nouveaux moyens pour renforcer leur supériorité technologique tout en réduisant les coûts de production. Obitsu, par exemple, est resté attaché à son modèle commercial “made in Japan”. Alors que d’autres fabricants de jouets ont délocalisé leur production à l’étranger, obligeant leurs sous-traitants à mettre la clé sous la porte ou à changer de secteur, Obitsu a continué à fabriquer ses produits dans l’Archipel. En 2010, l’entreprise a réussi à mettre au point le premier grand four rotatif pour moulages utilisant l’énergie électrique au lieu du gaz. Cette innovation lui a permis de fabriquer en série à moindre prix.
Takara a pris le marché par surprise quand, en 1984, il a dévoilé la gamme de jouets mecha (robots) Transformers qui est devenue une saga cinématographique internationale. Tomy, pour sa part, a annoncé une stratégie de diversification de ses activités axée dans trois domaines principaux : les jouets, les produits grand public et les produits multimédias.
Les deux sociétés ont finalement fusionné en 2006 dans le but de maximiser leurs forces respectives. En juillet 2017, la société a signé un accord avec l’arrondissement de Katsushika pour revitaliser la zone. Ils ont mené divers projets et événements communs, notamment le Katsushika Hobytory (Hobby + History) et continuent de soutenir un concours d’idées lancé en 1992 autour du jouet destiné aux élèves du primaire. Ils gèrent également un hôpital du jouet gratuit une fois par mois.
Aujourd’hui, la vitrine remplie de jouets du siège social de Takara Tomy à Tateishi est devenue une attraction incontournable pour les enfants et les adultes et rappelle de façon opportune l’histoire de Katsushika en tant que “quartier des jouets”.
G. S.