
La région du Tôhoku, comme ici dans la préfecture de Fukushima, reste une région à découvrir pour sa richesse culturelle et paysagère. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon L’écrivain américain s’est fait une spécialité de s’intéresser à ces lieux uniques au Japon aujourd’hui menacés. Dans son dernier ouvrage, Japon caché (trad. par Guillaume Villeneuve, Editions Nevicata, Bruxelles, 2024), Alex Kerr se lance dans une quête pour découvrir les merveilles qui existent encore au Japon. Il nous entraîne dans de nombreux endroits isolés et méconnus où l’on trouve encore des vestiges de la culture traditionnelle. L’auteur et voyageur américain s’est confié à Zoom Japon pour évoquer sa passion pour l’archipel. Tout le monde dit que dans la culture japonaise, il existe un profond respect pour la nature et que les gens aiment les arbres et les fleurs. Toutefois, à en juger par leurs actions, j’ai l’impression qu’ils veulent en réalité contrôler la nature selon leurs désirs. Alex Kerr : C’est une autre chose qui me préoccupe beaucoup. Une chose que je dirais d’exceptionnelle à propos du Japon caché, c’est que je ne connais aucun autre écrivain sur le Japon qui parle des arbres. C’est un sujet invisible, impensé, inconnu. D’un autre côté, je parle beaucoup des arbres et je présente un certain nombre d’espèces merveilleuses dans mon livre. C’est en partie parce que les arbres sont désormais la prochaine étape du processus de stérilisation qui touche tout le Japon. Tous les arbres sont abattus. Je veux dire qu’ils disparaissent à un rythme incroyable le long des rues des villes et même dans les parcs publics, les universités, les hôpitaux, partout. C’est assez radical. Regardez ce qui se passe à Tôkyô, au Meiji Jingû Gaien. Le réaménagement de la zone du Meiji Jingû Gaien a suscité une vive controverse en raison de la perte potentielle d’un grand nombre d’arbres. Le projet, approuvé par le gouvernement métropolitain, prévoit l’abattage de près de 1 000 arbres pour faire place à de nouveaux aménagements, notamment des immeubles de grande hauteur et la reconstruction du stade Meiji Jingû et du stade de rugby Chichibunomiya. Cela se produit partout, même dans ma petite ville de Kamioka. Le Japon considère désormais que les arbres sont dangereux et qu’ils sont également démodés. Ils sont sales parce qu’ils laissent tomber des feuilles et d’autres choses. Ils sont considérés comme salissants et dangereux, alors on les abat, y compris ceux qui ont plusieurs centaines d’années. Aucun autre pays développé ne ferait une chose pareille. Un de mes amis japonais m’a dit un jour que tout ce qu’on dit sur l’amour des Japonais pour la nature est vrai, à condition d’ajouter “-ta” à la terminaison du verbe ou de l’adjectif. Tout cela appartient au passé. [En japonais, le suffixe “-ta” est ajouté pour former le passé.] Au fait, je dois vous dire que je viens de terminer la suite du Japon caché en japonais. Nous visitons six autres endroits et, dans l’un des chapitres, nous nous rendons à Aomori à la recherche de grands arbres. Parmi les autres endroits dont vous parlez, y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué, pour une raison ou une autre ? A. K. : Un endroit vraiment inhabituel et qui m’a fait réfléchir est Tashiro, un petit village de la préfecture d’Akita et berceau du butô, une forme avant-gardiste de danse-théâtre japonais née à la fin des années 1950. Le butô est apparu en réaction aux formes traditionnelles des arts du spectacle japonais et aux influences occidentales, et l’un de ses créateurs, Hijikata Tatsumi, est né dans cette région. Ma visite à Tashiro m’a beaucoup fait réfléchir sur le Tôhoku, le nord-est du Japon, et j’ai voulu y retourner, non seulement pour explorer plus en profondeur cette région, mais aussi pour réfléchir à ses racines qui remontent à l’époque Jômon (voir Zoom Japon n°116, décembre 2021-janvier 2022). Le Tôhoku est vraiment le “Japon caché”. Il est moins exploré, moins connu. On y trouve de vastes étendues de rizières magnifiques et intactes, ainsi que de nombreuses maisons anciennes au toit de chaume. Sur le plan culturel, c’est là que se déroulent certains des festivals les plus fascinants et les danses anciennes des sanctuaires. Je dois dire que Tashiro est en soi fascinant, notamment avec son petit musée du butô. C’est une introduction parfaite à la danse butô et je recommande à tout le monde d’aller le visiter. Mais d’une manière générale, c’était une bonne introduction à ce que l’on pourrait appeler le Tôhoku profond. Je me suis rendu dans plusieurs des endroits que vous mentionnez dans votre livre. En 2021, par exemple, nous avons réalisé un reportage spécial sur la production et la culture du riz, et je me suis rendu dans la péninsule de Noto (voir Zoom Japon n°114, octobre 2021). A. K. : Vous avez eu de la chance, car une grande partie de ce dont j’ai parlé a aujourd’hui disparu à cause du tremblement de terre (voir Zoom Japon n°139,...
