L'heure au Japon

Parution dans le n°155 (janvier-février 2026)

La gare d’Ueno fut le point d’arrivée de la main-d’œuvre venue du nord-est du pays dans les années 1950. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon En remontant vers Ueno et Nippori, les plus curieux iront à la rencontre de lieux inattendus. Notre promenade entre les gares d’Okachimachi et Nippori réserve de nombreuses surprises, notamment des endroits comme Diamond Avenue et Pearl Street dans les quartiers sud et est d’Okachimachi. Il s’agit d’un quartier ordinaire et sans particularité de Tôkyô où vous ne trouverez aucune boutique haut de gamme. Pourtant, c’est le premier quartier joaillier du Japon, et ses rues sont bordées de dizaines de boutiques où l’on vend, transforme et estime des bijoux. Curieusement, l’ambiance kitsch et clinquante du quartier est contrebalancée par les odeurs exotiques complexes qui émanent de ses nombreux restaurants indiens et népalais, où le mélange capiteux de cardamome, de curcuma et de garam masala crée un arôme complexe et nuancé, à la fois réconfortant et exaltant. Okachimachi est relié à Ueno par Ameya Yokochô (Ameyoko en abrégé), une rue commerçante dont les origines remontent au marché noir de l’après-guerre. Alors que dans les années 1940 et 1950, elle était spécialisée dans les bonbons (ame en japonais) et les produits américains (autre source de son nom Ame–), les étals sous les voies vendent désormais une grande variété de produits, notamment des articles de sport, des vêtements importés, des cosmétiques, des aliments secs et des épices, ainsi que des produits frais. Toute la journée, les ruelles animées du quartier sont encombrées de touristes, mais rares sont ceux qui s’aventurent à l’intérieur de l’Ameyoko Center Building, un endroit peu connu qui représente le côté ethnique d’Ueno. Idéalement située au sous-sol, son Underground Food Street est un marché asiatique miniature qui vend du poisson frais, des herbes, des épices, des assaisonnements, des légumes et d’autres produits provenant de Thaïlande, d’Inde, du Vietnam (voir Zoom Japon n° 149, avril 2025) et de Chine. Ueno est riche en histoire. En 1868, à la fin de la période Edo, ce fut le dernier lieu de résistance pour quelque 2 000 partisans du régime Tokugawa qui se battirent jusqu’à la mort contre les vagues écrasantes des troupes impériales. À partir de 1883, la gare d’Ueno relia la capitale au nord du Japon et resta longtemps la gare la plus fréquentée du pays. Du milieu des années 1950 au milieu des années 1970, des milliers de jeunes originaires du Tôhoku, le nord-est de l’archipel, ont rejoint Tôkyô à bord des shûdan shûshoku ressha (trains des embauches groupées). Beaucoup de ces demandeurs d’emploi, des adolescents tout juste sortis du collège, étaient surnommés “kin no tamago” (œufs d’or). Ils trouvaient un emploi dans les usines, les magasins et les chantiers de construction de la ville, contribuant ainsi au miracle économique japonais. Autrefois, la gare d’Ueno disposait d’un quai dédié à ces trains, le quai n° 18. Ce quai n’existe plus aujourd’hui, mais à l’entrée du quai n° 15 se trouve un monument dédié à ces héros méconnus. Il est gravé d’un poème tanka d’Ishikawa Takuboku : “L’accent de ma ville natale me manque, je vais l’écouter dans la foule à la gare.” Un autre monument devant la gare est dédié à “Aa, Ueno eki” [Oh, gare d’Ueno] une chanson d’Izawa Hachirô très populaire parmi les migrants à l’époque. Si Ameyoko conserve l’odeur du marché noir d’après-guerre, le parc d’Ueno, bordé de nombreux musées, dégage une atmosphère scientifique, artistique et intellectuelle. Il existe de nombreux moyens d’accéder au parc. L’un d’entre eux est le passage libre est-ouest, également connu sous le nom de pont Panda. Il a été construit en 2000 afin de faciliter l’évacuation vers le parc d’Ueno, situé à l’ouest, des personnes se trouvant à l’est de la gare, où les espaces ouverts sont moins nombreux, en cas de catastrophe. Le Bouddha assis du Tennô-ji, dans le cimetière de Yanaka. / Odaira Namihei pour Zoom Japon Outre les foules habituelles de familles, de couples et de touristes, le parc d’Ueno est l’un des rares endroits du centre de Tôkyô où l’on trouve un certain nombre de sans-abri. J’en vois un allongé devant la gare, où une patrouille de police qui passe le laisse tranquille. Un autre a trouvé un endroit confortable derrière un panneau d’information. Des écouteurs dans les oreilles, il lit un livre de poche. On trouve...

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