Une histoire d’amour avec le cinéma

Si de nombreux Japonais viennent essentiellement à Onomichi pour y manger ses fameux râmen ou pour déambuler le long du sentier de la littérature à la découverte de citations de grands auteurs, certains se souviennent également que la cité portuaire a été une source d’inspiration pour le cinéma. C’est Ozu Yasujirô avec Voyage à Tôkyô (Tôkyô Monogatari) qui l’a rendue célèbre dans le monde entier. Le long métrage, qui figure sur le podium des plus grands films de tous les temps constitué par le très sérieux British Film Institute, ne concerne pas la ville en tant que telle, mais Onomichi incarne parfaitement ce Japon immuable dont la douceur de vivre tranche complètement avec l’agitation de la capitale alors en pleine mutation. Soixante ans après la sortie du film, Onomichi n’a guère changé. La ville a conservé sa bonhommie qui incite le voyageur, même le plus pressé, à lever le pied et à prendre le temps d’observer les choses. L’amoureux du cinéma se rendra au Musée du cinéma (Onomichi eiga shiryôkan). Implanté dans un vieil entrepôt, cet établissement ne manque pas d’intérêt. On y trouve naturellement un espace dédié à Ozu Yasujirô avec quelques souvenirs du tournage de Voyage à Tôkyô. Affiches, matériel et autres carnets de notes sont accessibles. Il ne faut pas s’attendre non plus à l’équivalent de la Cinémathèque française, mais les documents présentés permettent de se plonger dans l’atmosphère du tournage. Le musée a également un espace consacré à un autre grand cinéaste Shindô Kaneto. Cette figure du 7ème Art nippon, décédée en mai dernier, est le réalisateur de L’île nue (Hadaka no shima, 1960) dont l’action se déroulait sur une petite île de la Mer intérieure. C’est ce qui explique en grande partie pourquoi Onomichi qui bénéficie de ses paysages merveilleux lui rend hommage indirectement, en mettant notamment l’accent sur  Shindô Kaneto qui avait su saisir les particularités de cette partie du Japon. La Mer intérieure tranche avec la fougue de la Mer du Japon ou de l’océan Pacifique. La plupart des villes qui la bordent partagent cette douceur de vivre et ce calme. Voilà pourquoi Yamada Yôji, un des derniers monuments du cinéma d’après-guerre encore en vie, a choisi lui aussi de poser sa caméra sur une île de la Mer intérieure pour tourner Tôkyô Kazoku (Tokyo Family) sorti mi-janvier dans les salles de l’archipel. Film hommage au Voyage à Tôkyô d’Ozu, il trouvera sans doute un jour sa place dans le musée d’Onomichi pour que les visiteurs entretiennent le souvenir du bon vieux temps.
Gabriel Bernard