Matsumoto remonte le temps

Située au cœur des Alpes japonaises, la cité abrite un des plus beaux joyaux de l’architecture militaire.

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Surnommé le corbeau en raison de sa couleur noire, le château de Matsumoto a survécu à tous les aléas de l’histoire japonaise depuis 150 ans. ©Gabriel Bernard

« Matsumoto, Matsumoto, Matsumoto”. C’est une voix chantante féminine qui vous accueille lorsque vous descendez du train dans cette ville située au cœur des Alpes japonaises. La cité dispose de nombreux attraits. Outre les magnifiques paysages montagneux qui l’entourent et vous invitent à les découvrir, elle abrite l’un des plus beaux châteaux du pays qui a eu la chance de survivre à sa destruction programmée à la fin XIXe siècle, lorsque le pouvoir avait décidé de supprimer toutes traces du passé féodal. En 1872, le bâtiment fut vendu aux enchères pour être démoli. Grâce à la mobilisation d’Ichikawa Ryôzô et des habitants, le château fut sauvé et racheté par la ville. Il a également été épargné par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Sa situation géographique, au milieu des montagnes, et le fait que la ville n’abritait aucunes industries sensibles lui a permis de ne pas subir les bombardements des B-29 américains.

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Parfaitement préservées, plusieurs parties de l’édifice ont été classées trésor national par les autorités. ©Gabriel Bernard

S’il fallait donner une seule bonne raison de se rendre à Matsumoto, la visite du château est sans doute la meilleure. Le fait d’avoir échappé à la folie destructrice des hommes ne suffit pas à en faire un site exceptionnel. Ce qui le rend extraordinaire, c’est une combinaison d’éléments. Le “corbeau” (karasu-jô) doit ce surnom à sa couleur noire qui le distingue du “héron blanc”, le château de Himeji, qui a servi de décor à de nombreux films historiques. A la différence de la plupart des châteaux construits sur des collines (yamashiro), celui de Ma­tsumoto a été bâti en plaine (hirajiro), mais en lieu et place d’une plaine, c’est une rivière qui l’entoure et le protège des assaillants. Pour pénétrer dans le château et traverser le fossé rempli d’eau, il faut emprunter un pont rouge de style japonais qui s’ajoute à la grâce de l’ensemble. Considéré par certains comme le Taj Mahal du Japon en raison de son équilibre et de sa beauté architecturale, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un des beaux exemples de la maîtrise japonaise en matière d’architecture. Le donjon (tenshu) est d’ailleurs classé trésor national. La visite ne doit pas se limiter à une simple promenade autour de l’édifice. Si de nombreux châteaux japonais ne méritent pas qu’on y pénètre, celui de Matsumoto doit impérativement être visité même si son ascension est physique, compte tenu de la raideur des escaliers. Mais les six étages qui le composent valent vraiment l’effort demandé. Avant d’entrer, vous retirerez vos chaussures pour enfiler des savates dont la largeur n’est guère adaptée à la taille des pieds européens. Faites donc bien attention en gravissant les escaliers qui sont extrêmement raides. Chaque étage réserve de très bonnes surprises. Tout d’abord, la vue sur la ville et ses alentours est très impressionnante, en particulier au dernier niveau. On découvre également une belle collection d’armes et d’objets liés à la vie quotidienne. Les explications en anglais permettent de mieux comprendre leur usage, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres sites historiques du pays. On peut également compter sur des guides bénévoles qui proposent des explications éclairées sur l’histoire de ce château qui a commencé en 1504. Il ne reste rien de la forteresse construite à l’époque et qui a servi à l’expansion du clan Takeda. Les bâtiments encore présents de nos jours remontent à 1593-1597 et ont été construits sous l’autorité d’Ishikawa Kazumasa. Lors de sa construction, les architectes ont fait preuve d’imagination pour créer un étage invisible de l’extérieur où les défenseurs du château pouvaient attendre cachés les assaillants. Ils ont aussi créé une pièce où le seigneur pouvait venir admirer la lune (Tsukimi-yagura), ce qui donne une touche poétique à ce lieu que les Japonais apprécient beaucoup. Après la visite du donjon, pensez à faire un petit tour par la boutique qui se distingue de la plupart de ses concurrentes dans d’autres sites historiques par un choix important et original de souvenirs.

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Depuis le dernier niveau du château, on peut découvrir un panorama de la ville et des montagnes qui l’entourent. ©Gabriel Bernard

En fonction du moment de la journée où vous aurez décidé de vous rendre au château, vous pouvez faire votre pause déjeuner dans l’un des nombreux restaurants qui se trouvent à proximité. Bon nombre d’entre eux proposent des soba (nouilles de sarrasin), une des spécialités locales. Elles sont savoureuses, mais si vous n’êtes pas pressé et si vous voulez goûter parmi les meilleurs soba de la région, rendez-vous au restaurant Arupusu (Alps, 3-1-13 Asamaonsen Matsumoto, tél. 0263-46-1471, 11h30-15h et 17h30-21h30) situé à une vingtaine de minutes en bus de la gare de Matsumoto. C’est un restaurant un peu excentré, mais le souvenir que vous en garderez ne vous fera pas regretter d’avoir fait le détour. Les prix sont tout à fait raisonnables. Il faut compter environ 3 000 yens par personne.
Asama Onsen peut être aussi l’occasion de prendre un bain. Cette source thermale est l’une des plus anciennes du pays. Son origine remonte à plus de 1 300 ans. L’eau alcaline à 50°C qui sourd des entrailles de la terre est célèbre pour être une “eau de beauté”, mais elle possède aussi des effets thérapeutiques qui lui ont valu une certaine réputation dans l’ensemble du Japon. On vient s’y baigner parce qu’elle soigne les névralgies, les douleurs musculaires, les douleurs articulaires, les épaules raides, les ecchymoses, les troubles digestifs, la mauvaise circulation et elle favorise la récupération de la fatigue. De nombreux hôtels sont à votre disposition à Asama Onsen. Le Fuji no yu (3-13-5, Asama Onsen, Matsumoto, tél. 0263-46-1516, 12 600 yens par personne, deux repas compris) est une bonne adresse. Son service irréprochable, ses bains extérieurs et une excellente cuisine pour une note des plus satisfaisantes devraient attirer vos suffrages.

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Nakamachi, l’ancien quartier des marchands, on y trouve de nombreuses boutiques. ©Gabriel Bernard

A une dizaine de minutes de la gare de Matsumoto en taxi (c’est le plus pratique) se trouve le Nihon Ukiyo-e Hakubutsukan ou Musée des estampes japonaises (2206-1 Koshiba, Matsumoto, tél. 0263-47-4440, 10h-17h, fermé le lundi, 1200 yens). Cet établissement s’appuie sur l’incroyable collection Sakai, une riche famille de la région qui a consacré une partie de sa fortune à l’acquisition d’estampes. A la tête d’une collection de plus de 100 000 estampes, elle a fondé ce musée en 1982 pour y exposer par roulement son incroyable fonds. On regrettera la faiblesse des explications en langue étrangère (anglais), mais on oubliera vite ce dé­sagrément grâce à la petite boutique qui propose de très belles reproductions à des tarifs très abordables.

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Spécialités de la région, les soba constituent une excellente idée cadeau. ©Gabriel Bernard

Un autre endroit pour faire du shopping tout en découvrant un pan de l’histoire de la ville est Nakamachi-dôri. Toute proche du château, cette longue rue, composée de maisons anciennes toutes rénovées, abrite de nombreuses boutiques. A l’origine, il s’agissait du quartier des marchands. On y trouvait les brasseurs de sake et les fabricants de kimonos. Les incendies qui ont ravagé la ville au XVIIIe et au XIXe siècles ont eu raison de ces constructions. Elles ont été remplacées par des bâtiments de style kura qui servaient à stocker et dont les matériaux étaient plus résistants au feu. Ils se caractérisent par leur blancheur. On y trouve toutes sortes de boutiques – de la pâtisserie traditionnelle au marchand de faïences, en passant par des salons de thé. Si vous êtes de passage le samedi, ne manquez pas le marché qui se tient à partir de 9h30 d’avril à décembre. Arrêtez-vous aussi au petit sanctuaire de Nakamichi qui abrite la divinité protectrice du quartier. C’est elle qui aurait empêché le feu de ravager la ville. Chaque année, le 1er juillet, une fête s’y déroule. Il sera temps ensuite de reprendre le train pour d’autres belles découvertes dans cette partie montagneuse du Japon. Tout autour de Matsumoto, les sommets vous invitent à les rejoindre.
Gabriel Bernard

 

Infos pratiques :
Pour s’y rendre Au départ de Tôkyô, des trains directs (Azusa Express ou Super Azusa Express) entre Shinjuku et Matsumoto circulent tout au long de la journée. Il faut compter environ 2h30.
Au départ de Nagoya, il faut emprunter le Shinano Express (2 heures environ). Ce train confortable bénéficie d’un magnifique parcours au milieu de la campagne montagneuse du pays.
Au départ d’Ôsaka, le plus simple est de rejoindre la gare de Nagoya en shinkansen puis de changer pour le Shinano Express. Au total, vous passerez environ 3 heures dans le train.