Entre ciel et terre au mont Nokogiri

Serez-vous prêt à jeter “un coup d’œil vers l’enfer” ? / Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Comme le suggère le surnom un peu anachronique relié à cette vue – le mot “enfer” n’a plus sa connotation démoniaque d’autrefois -, cette vue drainait des touristes depuis très longtemps. Après s’être émerveillés de cette vue singulière, ils visitaient ensuite le temple caché dans le flanc, avec l’une des plus grandes statues de Bouddha du pays. Depuis sa fondation au XIIIe siècle, le Nippon-Ji (temple du Japon) a pu observer les va-et-vient des ouvriers et des visiteurs. Il a survécu à d’innombrables guerres et conflits armés au cours de son histoire, jusqu’à ce qu’un simple incendie provoqué, en 1939, par un touriste, le réduise en cendres. Le pavillon principal, avec de nombreux trésors et archives historiques, est parti en fumée. Un vrai cauchemar pour les moines qui ont dû attendre jusqu’au XXIe siècle pour voir leur temple reconstruit. Faute de moyens financiers, une partie du site reste encore endommagée et demande à être restauré, comme les 1 500 petits bouddhas alignés sur les allées du mont. Si ces petits bonshommes en pierre datant du XVIIIe siècle ont parfois perdu leur tête, cela est dû non à l’incendie mais à la politique anti-bouddhisme de la fin du XIXe siècle, ayant pour but d’élever le shintoïsme au statut de religion nationale. Ces statues grises aux expressions différentes n’ont pas pu bénéficier d’une restauration comme le grand Bouddha, dont le temple a rénové le visage abîmé par l’effet de vent et de pluie en 1969.
Mais si la petite cité a besoin de recettes touristiques, ce n’est pas seulement pour l’entretien du site religieux. Ayant perdu sa ressource principale avec la fermeture de la carrière, elle est victime comme d’autres du dépeuplement et elle cherche à connaître une seconde vie par la voie du tourisme. Elle recense 40 000 usagers du téléphérique par an et tout autant de randonneurs, mais les responsables locaux jugent ces chiffres insuffisants pour ce musée à la fois religieux et industriel. “On est au niveau zéro de la communication”, déplore Suzuki Hiroshi, président du musée d’art de Kanetani. “Nous avons de plus en plus de touristes étrangers, il faudrait installer plus de panneaux en anglais”, continue-t-il. Pour mieux informer les visiteurs, ils organisent des tours et des conférences sur l’histoire complexe du lieu, et espèrent atteindre le seuil du million de touristes d’ici quelques années. Avec l’augmentation des visiteurs étrangers au Japon, on entend déjà parler l’anglais à la gare de Hama Kanetani. L’avenir semble prometteur.
Yagishita Yûta

Un effort pour les touristes étrangers reste à faire.